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 Keir Pyros : Traqueur de l'Ordre

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Keir Pyros
Traqueur (rang 5)
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Messages : 51
Date d'inscription : 24/03/2012

Feuille de personnage
Niveau: 2
Race: Yerkan
Armes & Pouvoirs:

MessageSujet: Keir Pyros : Traqueur de l'Ordre   Sam 31 Mar - 23:58






(Ici, une petite image de votre personnage. Elle peut être la même que votre avatar.)

Keir Pyros

AGE : 20 ans
SEXE : Masculin
RACE : Yerkan
      Origines : Draineur
      Pouvoir racial : Aspiration de magie (niv1) et Conversion du pouvoir en énergie (niv2)
FACTION : L'Ordre du Soleil
RELIGION : Caelya

Description physique :

Que dire sur le physique de Keir ? Oh bien sûr, on pourrait simplement parler de ses cheveux, d'une douce teinte châtain, striés de mèches ébènes de ci de là et quelque peu coiffés en bataille, ou de ses yeux auburns plantés de cette pupille blanche si particulière aux membres de sa race. Nous pourrions aussi détailler pendant des heures sur la teinte de sa peau, autrefois halée, aujourd'hui pâlie par le climat des régions impériales. Mais nous ne ferions que nous attarder sur des choses qui n'auraient que peu d'importance aux yeux de tous.
Parlons donc plutôt de sa silhouette qui marque par son originalité dans le fait qu'elle décorde de l'idée que l'on se fait d'un guerrier. En effet, si l'apparence du garçon peut intriguer, voir inquiéter par moment, elle ne laisse à aucun moment soupçonner sa force physique : des membres fins, une stature légère et élancée, des bras pas très musculeux. Pourtant, la vérité que cache cette apparence est toute autre, car le jeune yerkan dissimule derrière une force plutôt impressionnante dans les jambes et les bras, force qui a joué un rôle important dans sa progression dans les rangs de l'Ordre. Quant à sa légèreté, loin d'être un handicap, elle lui permet une précision de mouvement qui fait de lui le redoutable combattant que l'on connait.
Une autre caractéristique physique du garçon marquante que nous pouvons aborder est cette aura si particulière qu'il semble dégager. Une aura froide et impressionnante qui, même lors de ses fameux « coups de folie », renvoi à quiconque le regarde un mélange de force intérieure couplée de nombreux sentiments refoulés.
A quoi est due cette sensation ? Pour dire la vérité, à plusieurs choses :

Son visage, dégage cet effet de neutralité songeuse qu'ont souvent les personnes qui ressassent trop. Combiné à la vivacité de son regard qui semble analyser le moindre élément sur lequel il se pose, il créé un curieux mélange qui a le don de marquer l'observateur externe.
Sa posture n'est pas laissée en reste. Sa démarche directe donne le sentiment qu'il sait toujours où il va, ce qui est pourtant bien éloigné de la vérité. Droite, elle est pourtant beaucoup plus nonchalante que celle d'un soldat et fait davantage penser à celle qu'aurait un aventurier.
Bien entendu nous ne pouvons passer sous silence sa tenue vestimentaires qui joue aussi un rôle important dans cette impression qu'il dégage : Si ses vêtements varient, ils restent toujours dans l'idée d'une tenue de voyage variant du brun au pourpre sombre. Pantalon de toile, tunique ou chemise de lin, tissu en bandoulière... Une tenue que les connaisseurs jugeraient comme typique de celles des nomades du désert. Une façon de se remémorer ses origines ? C'est une question à développer. Comme seule discordance de l'ensemble, une ceinture en cuir ornée d'une boucle argentée formant le symbole méconnu de l'Ordre du Soleil enserre sa taille. C'est accroché à cette ceinture que pend fièrement sa fameuse épée à deux lames que certains connaissent sous le nom de Crocs glacials.
Couronnant l'ensemble, Keir porte un manteau long qui ne le quitte jamais. D'une teinte rouge sombre et délavée, pourvu d'un large col rabattu, le vêtement possède de longues manches qui permettent au jeune yerkan de dissimuler ces deux autres armes : la bien connue Serre de rapace, arme au double crochet reliée à une chaîne et le mystérieux Gant, une mitaine longue de cuir au pouvoir étonnant.

Le tout participe à construire cette aura que l'on perçoit chez Keir et qui marque la base de son physique.

Comme pour donner confirmation à la personnalité du jeune homme, un dernier élément de son physique entre en jeux, bien qu'il soit invisible aux yeux de tous : son tatouage de yerkan, signe si particulier à sa race. Incrusté sur son épaule droite, celui ci représente un demi soleil à la vertical d'une puissante couleur bleu sombre, et, parallèle à ce dernier, deux ailes à demi repliés placées en opposition, l'une blanche et l'autre noire.


Description morale :

Si la partie physique du Traqueur de l'Ordre valide auprès des personnes qu'il croise une sensation de froide assurance, son esprit, lui, est dans un état bien plus chaotique.
Noyé dans d'éternelles ruminations de son passé, tiraillé par une haine virulente et tenace, obsédé par la recherche d'une chimère, Keir n'a que peut de temps pour s'attarder sur ses autre ressentiments.
L'assassinat de ses parents et de tout son peuple par la Confrérie des Nocturnes a depuis longtemps plongé le jeune yerkan dans un état de mélancolie et de douleur perpétuelle qui, au fil des années passant, s'est mué en haine qu'aucune vengeance au monde ne pouvait assouvir. Le cercle dans lequel est enfermé Keir est un cercle vicieux, car plus il s'applique à accomplir une vaine vengeance, plus son coeur s'assombrit, et plus la douleur est vivace. Or, c'est cette même douleur grandissante qui attise la haine du garçon.
Au delà de cette haine et du dégout qu'il éprouve, Keir a réussi malgré tout à échapper légèrement à sa rancœur en se donnant l'objectif insensé de retrouver les artefacts légendaire de la trinité, pensant ainsi renouer avec son passé.
Pourtant, au delà de cette cage au barreau noire dans laquelle s'est enfermé le yerkan, de nombreuses facettes de sa personnalité s'applique à agir sur son être. Des sentiments oubliés, refoulés, ou simplement rejetés par le garçon qui n'attende qu'un moment d'inattention du froid garçon pour jaillir au moment le plus impromptu.
Ce sont ces instants d'inattention, de brèche dans sa prison noire que Keir a surnommé ses « coups de folie ». En effet, ces instants représente de vrai cassures avec l'impression que donne d'ordinaire le garçon. Ainsi, lors d'une mission pourtant jugée difficile, il peut arriver au yerkan, au moment le plus inattendu d'éclater d'un rire incontrôlable, d'exploser dans une colère bruyante, ou même de lancer une réplique des plus inhabituelles.
Si ces moments peuvent surprendre, ils ne sont pourtant rien d'autre que la manifestation de la personnalité intérieure et retenue prisonnière des sombres pensées du garçon.
En dehors de ses coups de folie, Keir reste un membre aujourd'hui respecté de l'Ordre, bien que cela ne fut pas toujours le cas. Aujourd'hui, chaque soldat de la guilde secrète sait que, s'il n'est pas un tyran, il n'hésitera pas à exécuter sans sommation le moindre mutin. Réputé pour ses missions d'exécution et le peu d'échec qu'il y a connu, le yerkan est redouté par de nombreuses personne à l'intérieur de l'Empire, une chose que son attitude froide n'est pas pour aider.

Armes & Pouvoirs :

ARME(S) :

-Serre de rapace :

La serre de rapace se compose de deux crochets en acier trempé reliés entre eux par une plaque de métal du même matériaux. A l'autre extrémité se trouve fixée une chaine de fer de trois mètres de long elle même rattaché à l'opposé à un étrange boitier en métal léger pourvu d'un mécanisme. Ce boitier, fixé sur la main et le poignet de son utilisateur à l'aide de résistantes mais flexibles lanières de cuirs, permet par un ingénieux procédé de ressort de rétracter la chaine par la pression d'une manivelle située dans la main et ainsi ramener au poignet les crochets. Ces derniers vont alors se fixer à l'intérieur du boitier en s'y imbriquant parfaitement.
Actionner alors de nouveau la manivelle permet de donner de nouveau du mou à la chaine et ainsi l'utiliser comme une arme à distance flexible et meurtrière.
Arme rapide mais difficile à manier, la serre de rapace sert surtout à attraper et attirer à soi ses adversaires en plantant les crochets dans leur chaire ou à les tenir à distance si nécessaire.

-Crocs glacials :

Les crocs glacials est le nom donné à une épée à l'étonnante apparence. La forme globale est celle d'une lame longue assez classique. La différence étant que la lame en question est divisée en deux par son centre, formant un duo de lames fines séparées par un court espace. Les deux tranchants en acier fin se rejoigne en leur base où elles sont fixées à une solide poignée en ébène recouverte d'une lanière noire et terminée à son extrémité par une sphère d'un rouge inquiétant fixée dans des griffes de métal stylisées. Croisant l'arme à la perpendiculaire et formant l'autre partie de la poignée, une garde en métal argenté protège la main des éventuels glissements de lame.
Si on ne se fie pas à l'apparence étrange de cet objet, on découvre une arme redoutable au tranchant acéré, autant capable de croiser le fer avec n'importe quelle épée que de percer une armure trop fragile. La séparation des lames permet avec un peu de doigté de transformer une simple parade en désarmement pur et simple de l'adversaire. En effet, si la lame adverse vient à glisser dans l'interstice entre les deux lames, un mouvement rotatif du bras permet de tordre la main de l'ennemi et ainsi l'obliger à lâcher son arme.

-Le Gant :

Tout de cuir façonné, plus mitaine longue en apparence que véritable gant, cette arme est sans doute la plus mystérieuse et la plus redoutable que possède Keir. Recouvrant entièrement son bras droit de la paume jusqu'au coude, le vêtement ne quitte jamais son propriétaire, à telle point que l'ont pourrait croire les deux liés pour l'éternité. Le cuir noir dans lequel il est fait semble assez solide pour résister au passage du temps, et assez fin pour ne pas gêner son porteur lors de ses mouvements. Sur le dos de l'objet sont dessinées avec la finesse d'un maître tisseur des glyphes incompréhensibles, joints les uns aux autres dans d'élégantes boucles et la face, elle, est occupée par une série de lacets noirs qui ne se termine pourtant par aucun nœud, comme si elle tenait toute seule.
Si en apparence il ne s'agit que d'un simple, quoi que beau, gant de cuir, la véritable nature de l'objet est tout autre. Peu de personnes peuvent se vanter de l'avoir vu, car Keir ne s'en sert qu'en de très rares occasions, lors de situations critiques par exemple. Lorsque le yerkan brandit l'objet, celui s'enflamme comme pour répondre à un ordre muet. Il suffit alors que son propriétaire le pointe sur une cible pour que le gant déverse alors sur elle un torrent de flammes, réduisant tout en cendre sur son passage. Les flammes, longues de quatre mètres, semble sortir de manière inépuisable de la paume du gant, pourtant, Keir ne les envoie que pendant un cours laps de temps, et chaque utilisation lui tire des grimaces et crispations douloureuses, comme si l'objet lui faisait souffrir le martyr...

POUVOIR(S): Non
ÂME : Non



Pseudo : Terkial
Comment avez vous connu ce forum ? : Ah haaaa ! Mystère !
Est ce un double-compte ? : Non
Une critique ou suggestion concernant le forum ? : Mh... Je risquerais de faire trois pages donc bon... (Vive l'auto-critique !)
Autre chose à dire ? : J'aime les pommes. La folie n'est pas une maladie. Je mange les joueurs pas sages !

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Dernière édition par Keir Pyros le Lun 16 Avr - 20:16, édité 1 fois
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Keir Pyros
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MessageSujet: Re: Keir Pyros : Traqueur de l'Ordre   Jeu 12 Avr - 22:52



Histoire :
Première partie :

Il était sur Impéria l'un de ces silences poignants et angoissants que la plupart des gens détestent plus que le bruit. Le genre de silence dont nul ne pouvait nier que ce qui allait le briser serait terrible.
Or, en cette nuit du mois des astres, ce fut la course d'un homme et sa respiration sifflante qui mit fin au silence. Un homme, qui sentait sa dernière heure venue, bien qu'il s'accroche à la vie comme un naufragé à une bouée.
Il n'entendait rien derrière lui, pourtant il savait qu'il n'avait pas arrêté la traque. Il ne l'arrêtait jamais, tout le monde le savait... Pourtant l'homme continuait de courir, ne pensant même pas à ses poumons enflammés ou à ses muscles qui criaient de douleur.
Harassé mais faisant preuve d'une ténacité impressionnante, il poursuivit sa course contre la mort en tournant le coin d'une rue, remontant ensuite un escalier qui serpentait entre plusieurs habitations, et sautant enfin par dessus un petit pont qui donnait sur une rue plus bas.
Dans sa hâte il avait néanmoins sous-estimé la distance depuis laquelle il se jetait. Lorsqu'il atterrit sur sa jambe droite, un craquement sinistre retentit, laissant deviner que son tibia n'avait pas résisté au choc trop violent.
Gémissant de douleur l'homme en eut les larmes aux yeux tant la douleur fut intense et soudaine. Il trouva pourtant la force de se trainer jusqu'au mur du bâtiment le plus proche pour s'y appuyer et se relever péniblement.
Les yeux exprimant une indescriptible terreur, il jeta des regards de tous cotés de la rue, et au niveau du pont supérieur. Maintenant c'était certain, son poursuivant allait le rattraper. Pourtant, lorsqu'il observa les alentours il ne vit personne. Le silence était revenu...
Avait il abandonné la traque ? L'avait il semé ? L'homme n'en croyait pas ses yeux.
Un soudain frisson à la nuque lui fit lever la tête. Il lui semblait qu'un pieux de glace s'était enfoncé dans son cœur. Il était là, accroupi sur la barre de fer qui soutenait la pancarte d'une échoppe, l'observant, le visage dans l'ombre. On aurait dit un corbeau guettant un petit rongeur du haut de son perchoir. Son long manteau pendait de part et d'autre et s'agitait légèrement sous l'effet d'une brise nocturne.
L'homme ne voyait pas son visage, dissimulé par le contrejour de la lune, mais il savait qu'il le regardait fixement. Ses pupilles rétrécirent à leur maximum et son visage se déforma dans une expression d'horreur.
Quelque chose brilla à la lumière des étoiles. Un sifflement suivi d'un cliquetis retentirent. L'homme hurla pendant une seconde. La seconde qu'il fallut au double crochet pour se planter dans sa gorge.
La silhouette sauta enfin de son perchoir, atterrit sur la rue pavée avec souplesse, et s'approcha de la proie agonisante. Couverte de son propre sang, arrivant à peine à respirer avec la plaie qui était ouverte sur sa gorge, la victime le regarda s'approcher sans se départir de sa peur. Le jeu était terminé à présent, il avait perdu.
Le tintement d'une lame sortant de son fourreau siffla dans l'air. Arrivée à un mètre de sa proie, la silhouette leva une étrange épée au dessus de sa tête.

« Grégoire Palden, au nom de l' Ordre du Soleil, je vous condamne à mort pour trahison envers l'Empire et le meurtre de trois citoyens d' Imperia. Puisse Caelya vous pardonner et vous accueillir en sa lumière. »

Une voix jeune et pourtant froide avait retentit.
L'homme ne pu répondre, sa trachée étant sectionnée.
Il regarda la lame briller sous le ciel nocturne, puis s'abattre. Il y eut un bruit mat, puis le corps de l'exécuté s'affaissa, tandis que sa tête roulait sur le sol pavé déjà tâché de sang.
La silhouette rengaina son arme, puis s'approcha du chef et le saisi par les cheveux. Sans ajouter un mot, dans le silence qui était revenu, il remonta la rue, laissa là le cadavre encore chaud.
Alors qu'il arrivait en vue des imposants murs qui séparaient les quartiers nobles et le palais impérial du reste de la cité, un éclat de lune éclaira son visage. Celui d'un jeune homme d'une vingtaine d'années aux cheveux châtains striés de mèches aussi noires que du charbon. Son visage pourtant jeune était couvert d'un de ces halos sombres des gens qui portent en leur cœur un deuil trop long. Un jeune homme qui portait à la ceinture l'épée qui avait récemment bu le sang d'une personne, loin d'être la première, et sans doute pas la dernière. Un jeune homme qui arborait sur sa main gauche un étrange dispositif composé d'une sorte de double crochet incrusté dans une boite métallique et sur la main droite une étrange mitaine longue aux symboles mystérieux.
Un jeune homme enfin, qui était inconnu de beaucoup à Imperia, bien qu'il y vivent depuis plusieurs années à présent.
Son nom, tout aussi méconnu, était Keir Pyros.

Keir passa devant les gardes du mur intérieur sans que ceux ci tente de le stopper, se contentant tous d'un frisson à la vu de la tête qu'il balançait toujours au bout de son bras. Eux, ils le connaissaient.
Le jeune homme jeta un regard à l'imposante bâtisse qu'était le palais impérial, sa destination.
Contrairement à ce que l'on pouvait croire, il n'avait pas toujours vécu à Imperia. Cela ne faisait que sept ans que la cité l'avait accueillit.
Il se souvenait parfaitement de son passé hors des murs de la cité impériale. A vrai dire, il se le remémorait à chaque jour, se servant de ses souvenirs pour attiser ses haines et raffermir ses convictions.

Autrefois, il faisait parti de la tribu de yerkans nomades des Tel'Han.

Son peuple parcourait le désert des Soupirs, de Ker-Areen à l'Ossuaire pour faire commerce de produits des sables depuis des siècles. Les quelques souvenirs qu'avait Keir de cette période remontaient à ses cinq ans, lorsque, pieds nu, il courrait dans le sable en poursuivant les Jabdak, petites créature écailleuses qui s'enfouissaient dans le sable en couinant. Son père et sa mère, Aveijo et Leena faisaient parti des marchands de la tribu, bien que Leena n'en fasse à l'origine pas partie, étant originaire des montagnes du nord.
La tribu de nomades n'était pas très grande, mais suffisante pour affronter les rudesses du désert. Keïr n'aurait jamais oublié ce sentiment d'appartenir à une famille soudée et protectrice.
Régulièrement, sa mère lui enseignait la lecture et l'écriture, considérant ces arts comme nécessaire à son bon développement. Sa voix douce et son sourire encourageant étaient à jamais gravés dans la mémoire du garçon. Quand à Aveijo, son père, il lui apprenait toutes sortes de choses, comme le commerce, la fabrication et l'installation de tentes, les dangers et cadeaux du désert... Le tout en lui prodiguant des leçons de sagesses dans lesquelles revenait souvent le mot « lignée ». Encore aujourd'hui, le garçon continuait de s'interroger sur le sens de ce mot.

Arrivé à l'entrée du palais impérial, le jeune homme se concentra quelques minutes pour emprunter l'une des entrées dont sa guilde avait le secret... Une fois dans l'escalier dérobé, il se replongea dans ses souvenirs, tout en montant tranquillement les marches.


Deuxième partie :

« Keir... Keir ! »

Le garçon sursauta sur son hamac et jeta des regards autour de lui. Personne, sa tente était vide. Pourtant il aurait juré qu'on l'avait appelé. Dans le doute, il sauta du lit tressé et sorti dehors. Comme chaque jour, les sables du désert l'accueillir, mais Keir était habitué depuis longtemps à leur chaleur sous la plante de ses pieds nu. D'autant plus que la journée était chaude mais pas insupportable. Il parcouru les alentours des yeux. Autour de lui, les tentes étaient installées ça et là, formant un véritable petit village de tissus beiges. Les yerkans de la tribu vaquaient à leurs occupations à travers le campement.
Alors que Keir allait rebrousser chemin et retourner dans son abris, quelqu'un lui bondit soudain dessus par derrière en lui attrapant le nez d'une main, manquant de justesse de le faire tomber.

« Ben alors ? T'es sourd ou quoi ? »

Le garçon eut un petit sourire et, prenant appuie sur une jambe, il se balança en avant, utilisant la force de sa agresseur pour le faire valser par dessus son épaule et le mettre à terre avec un mouvement souple.
Il y eut une exclamation de surprise, et un jeune garçon qui devait lui aussi avoir six ou sept ans dégringola de son épaule et s'étala dans le sable. Ses cheveux blonds presque blancs brillèrent aux soleil.

« Hey ! T'es pas drôle ! » protesta t'il en se relevant et retirant le sable qu'il avait sur la joue.

Keir éclata de rire et l'aida à se relever.

« C'est toi qui est pas assez réactif Pallun ! Tu aurais du suivre plus les séances d' Ha'teïs. »

L' Ha'teïs était un art martial composé de mouvements gracieux et défensifs que certaines tribus nomades du désert apprenaient par tradition.
Le garçon nommé Pallun fit la moue.

« C'est d'un ennui ! Avec le vieux Altio qui nous fait répéter cent fois les mêmes mouvements... »

Keir sourit à la réplique de son ami. Pallun et lui étaient amis depuis qu'ils étaient tout petits. Leurs deux familles faisaient partie des commerçants de la tribu et cela les avaient rendu très proches. Pallun était un jeune yerkan à la peau beaucoup plus halée que celle de son ami et qui arborait presque tout le temps un sourire joyeux et enfantin. Le garçon n'aimait rien de plus que s'amuser, et Keir se laissait souvent entrainer dans les jeux les plus fantasques qui soit.
Pallun épousseta rapidement le sable collé à ses vêtements et lâcha avec un grand sourire :

« Eh ! Il paraît qu' Avelyn a trouvé un terrier de craqueurs des sables ! Tu viens, on va tous faire un concours de balle-bruit ! »

Keir prit un air surpris.

« Ben, les craqueurs sont pas censés être agressifs ? Tu veux quand même pas les lancer ? »

« Rohlala ! Quel rabat-joie. Commenta Pallun en lui mettant une petite bourrade amicale dans l'épaule. Allez viens ! Ça va être marrant ! »

Il conclut ces mots en courant à la prochaine tente, se dirigeant vers la sortie du camp. Il s'arrêta là pour faire le signe de le suivre à son ami.
Keir eut un sourire en coin et secoua légèrement la tête de gauche à droite, dans un soupir muet. Puis il couru rejoindre le garçon.

Parcourant le campement, Keir lança des regards autour de lui, observant les membres de son clan s'affairer à leurs activités, adressant un signe de-ci de-là aux personnes qui le saluaient au passage.
La tribu nomade Tel'Han était organisé de façon simple et pourtant efficace. Clan de marchands du désert depuis des siècles, ils étaient reconnus jusqu'à Ker-Areen comme un peuple pacifique qui n'avait pour seul adversaire que le traitre désert des Soupirs. Un adversaire peu efficace tant la tribu yerkan avait apprit à le connaître. Depuis des générations les Tel'Han chassaient et récoltaient les produits des sables et en faisait le commerce aux quelques villes du désert et à Ker-Areen. Cela leur permettait de survivre et d'acquérir de quoi servir au clan : eau, tissus, matériel, médicaments...
Jamais la tribu n'avait fait l'acquisition d'armes si ce n'est celles qui leurs servaient à chasser. Cela en sachant que peu de brigands se risquaient au cœur du désert, surtout pour s'en prendre à une tribu ne possédant que des ressources de peu de valeur et aucun argent.

Keir avait donc vu le jour sous le chaud soleil du désert et au milieu d'une tribu soudée et qui prônait son pacifisme vis à vis des querelles des autres peuples. Né de l'amour de Aveijo, jeune marchand faisant parti des négociateurs de la tribu, et de Leena, femme à la peau halée et à la voix douce qui, pour suivre le premier, avait quitté son ancien village et s'était jointe à la tribu.
Dès son plus jeune âge il avait donc été entouré de l'amour que lui offraient ses parents et d'une éducation suivant les principes du clan.
Tout au long de ces apprentissages, le garçon recevait de nombreuses leçons de sagesse que lui inculquaient ses parents. Combien de fois Aveijo lui avait répété que le statut pacifique de la tribut était ancestral et ne devait en aucun cas être brisé ? Combien de fois Leena lui avait elle confié que la guerre était une idée stupide qu'utilisaient les gens du nord et de l'ouest pour se justifier une place en ce monde qu'il ne parvenait par à se trouver par eux même ?

Une autre partie de l'éducation de Keir fut celui de la religion.
Tout petit il apprit que deux croyances communes gouvernaient les terres de Cyrion : celle de Caelya, grande donatrice de lumière, dame blanche qui offrait aux mortels le soleil et la vie; et celle de Nephael, impératrice de la nuit, puissante et mystérieuse, qui insufflait aux mortels leur créativité et donnait sens à leur existence.
Son père lui enseigna que, si le clan Tel'Han révérait Caelya comme leur protectrice, Nephael devait être respectée et louée tout autant. Car l'une ne pouvait exister sans l'autre, et toutes deux constituaient la base du monde, complémentaires et inséparables.
Trop jeune à l'époque pour comprendre tout le sens de ces paroles, Keir se contentait de suivre les conseils de son père et adressait chaque soir une prière à Caelya et un témoignage de respect à Nephael.

En dehors de ces nombreux apprentissages, Keir passait le plus clair de son temps avec un petit groupe d'autres enfants de la tribu : Essyline, Leth, Maleen, Kasyo et Pallun, son meilleur ami.
Si Keir était d'une nature curieuse et aimait réfléchir sur tout ce qui l'entourait, Pallun lui, était un garçon facétieux et enjoué qui trouvait toujours des idées de jeux plus farfelues les unes que les autres. Cette complémentarité aidant à forger leur complicité, les deux amis étaient vite devenus inséparables.

Keir continua de suivre le jeune yerkan qui le devançait et sorti du camp. Un petit groupe d'enfants s'était regroupé autour d'une chose qu'il ne voyait pas. Le garçon eut un sourire : tout ses amis étaient là.
Lorsqu'il approcha, Pallun et Essyline se retournèrent. Chacun d'eux tenait une étrange créature dans les mains : de la taille d'un chat, elles ressemblaient au croisement d'une tortue et d'un raton laveur sans museau. Une épaisse fourrure pourpre dépassait de la carapace qui couvrait entièrement leur dos. Leurs pattes, épaisses et courtes étaient pourvues de longues griffes aussi impressionnantes que la série de crocs qui ornait leurs larges mâchoires. Les créatures s'agitait comme des diables en produisant un étrange craquement menaçant avec leurs bouches.
Malgré l'agressivité de l'animal, leurs ravisseurs souriaient avec joie en les tenant fermement par la carapace.
Keir s'approcha, l'air dubitatif.

« Vous êtes au courant que s'ils vous mordent ils ne lâcheront pas prise ? »

Pallun éclata de rire.

« Ça corse le jeu ! Comme ça on sera motivés à bien rattraper la balle et à la relancer vite ! »

Essyline approuva vivement, sourire aux lèvres, lançant au garçon enjoué un regard intense qu'elle lui réservait d'ordinaire et que pourtant il ne remarquait jamais.
Ce qui n'était pas le cas de Keir, qui, finalement gagné par la jovialité de son ami se laissa aller à sourire et s'avança vers le reste du groupe.

Cinq minutes plus tard, les craqueurs des sables volaient de mains en mains en poussant des craquements désapprobateurs, sous les rires joyeux de la petite bande.


Troisième partie :

La vie continuait paisiblement dans la tribu au rythme des migrations du camp. Keir grandissait, il venait de fêter ses sept ans et gardait un esprit enfantin, bien que très ouvert.
Mais il faut que jeunesse de passe. Et celle de Keir, s'envola par une soirée douce d'automne, alors que le soleil s'enfouissait dans les sables du désert pour céder lentement sa place à la nuit.
Une soirée qui marqua aussi la fin de sa vie de nomade... Et de sa tribu.

Ce jour là, le clan avait fait une halte dans un petit village des dunes où les échanges avaient été fructueux. Repartie avec de nombreuses provisions, la tribu s'apprêtait à faire la fête et avait déjà allumé un grand feu de camp autour duquel elle était installée.
Jouant à trape-sable avec ses amis, Keir ne vit les hommes en noir que lorsqu'après une folle course il revint vers le feu central et jeta un regard à l'une des entrées du camp.
Ils étaient une trentaine, tous vêtus de la même combinaison noire et armés de sabres, de couteaux et d'arbalètes. Un étrange symbole ornait leur poitrine : un sorte de corbeau entouré d'un étrange cercle.
A la tête de cette troupe, se tenaient quatre personnes à l'air légèrement différent des autres : plus fins que les autres, ils portaient des grands manteaux sombres marqués d'un symbole violacé représentant deux lune symétriques séparées par une dague. Ils ne paraissaient pas armés, mais Keir ne doutait étrangement pas qu'ils dissimulaient bien des choses sous leurs manteaux.
Sans qu'il sache pourquoi, il frissonna à leur vue.
Son père, le chef de la tribu, et la chamane se trouvaient face aux quatre hommes et discutaient avec eux.
Autour du feu, la tribu s'était entièrement tournée vers les inconnus, et l'inquiétude se lisait sur tout les visages.
Keir s'avança pour entendre ce que racontait Aveijo et les deux autres. Ils ne semblaient pas enchantés de voir les hommes armés ici, et lorsque la conversation sembla augmenter d'un ton, son père leur demanda froidement de partir. Keir n'avait jamais vu le yerkan aussi agressif.
A ce moment, l'une des quatre personnes qui menaient la troupe ôta sa capuche, dévoilant un visage émacié aux cheveux courts et blonds. Ses yeux gris et perçants transpercèrent les trois yerkans face à lui et lorsqu'il parla, ce fut d'une voie neutre et pourtant aussi glaciale que la mort :

« Écoutez nous bien yerkans de Caelya, car je n'aime pas répéter. Nous sommes ici parce que nous savons que vous détenez d'éminentes informations sur un objet que nous convoitons plus que tout. Je sais qu'il est inutile d'essayer de vous faire comprendre notre point de vu dans la guerre et l'importance de notre victoire, alors j'irai droit au but : je pourrais vous torturer longtemps jusqu'à ce que l'un d'entre vous me donne l'information que je désire, mais je n'ai pas de temps à perdre, et vous trop de souffrance à éviter. Alors vous allez vous contenter de me donner ce que je veux et nous partirons sans anicroche. »

Tout le monde se figea à ces paroles. Des femmes serrèrent leurs enfants dans leurs bras, des pères de familles se tendirent comme des arcs, et des vieillards secouèrent la tête de gauche à droite. Keir restait immobile, sidéré par ce que venait de dire l'homme au visage froid. Avait il vraiment l'intention de faire ce qu'il disait ?
Celui ci tourna un instant le regard vers lui comme s'il devinait ses pensées et le demi sourire carnassier qu'il lui lança fit frissonner Keir, brisant ses doutes : cet homme ne plaisantait pas.
Il jeta un regard à son père, retenant son souffle.
Ce fut la chamane qui reprit la parole :

« L'artefact est un objet noble et puissant, qui depuis sa création n'a eu comme but que d'apporter l'harmonie sur Cyrion. Mais entre des mains avides, il peut apporter la mort, la folie, et mener à la destruction du monde. Vous n'avez aucune idée de la nature de ce que vous convoitez. »

Le sourire malsain de l'homme s'étira.

« La mort, la folie... Cela sonne comme une promesse à nos oreilles vieille folle. Cet objet nous revient de droit. Je repose la question : parlerez vous librement ou sous la torture et la souffrance de votre peuple ? Voici qui devrait vous donner un petit avant goût et prouver que je ne plaisante pas. »

Il claqua des doigts et l'un des hommes vêtu de noir leva son arbalète. Il y eut des cris horrifiés, mais trop tard. Le trait fila comme un éclair et se ficha avec un bruit mat dans la poitrine d'un jeune garçon qui se tenait là. Le yerkan ouvrit de grands yeux incrédules et s'effondra, foudroyé sur le coup. Le silence qui suivit fut vite brisé par des hurlements, des cris de rage, de peur, et des promesses de malédictions.
Insensible à ce que lui crachaient au visage les nomades, l'homme au visage froid reprit en haussant à peine le ton :

« Si vous doutiez encore de la véracité de mes propos, vous en voici assurés. Je n'hésiterai pas à tuer hommes femmes et enfants si vous refusez de coopérer. Le choix reste néanmoins votre. »

Les cris s'atténuèrent, ne laissant place qu'aux gémissement désespérés de la mère de la victime, agenouillée à coté du corps sans vie de son enfant qu'elle serrait dans ses bras. Keir n'en croyait pas ses yeux. Son esprit refusait encore de croire que tout ceci était réel. Il porta un regard horrifié vers son père. Le yerkan se tenait droit, les poings et la mâchoire serrés, le regard fulminant fixé sur l'homme qui lui faisait face.

« Quel genre de monstre pouvez vous être pour tuer un enfant aussi froidement ? Au cours de mes voyages, j'ai rencontré des vers des sables moins abjectes que vous ! » cracha t-il.

Malgré sa peur, Keir ne pu qu'admirer son père pour le courage dont il faisait preuve en s'adressant ainsi au meurtrier. Celui ci sembla piqué au vif par la remarque. Son sourire s'effaça et il planta un regard mauvais dans celui du yerkan.

« J'ai tué des gens bien plus important que vous pour moins que cela, yerkan. Mais ma patience a des limites. »

Le mouvement qu'il fit ensuite fut si rapide que personne ne se rendit compte de rien. Mais une seconde plus tard, Aveijo se retrouva à terre, se tenant le ventre, le souffle coupé, tendit que, penché sur lui, l'homme appliquait une lame menaçante sur sa gorge, sortie de nul part.

« Je vous le demande pour la dernière fois. Indiquez moi où est cachée l'objet et je réfléchirai à vous épargner le massacre de votre pitoyable tribu. »

« Papa ! » cria Keir sans pouvoir se retenir davantage, faisant un pas en avant.

Aveijo fusilla l'homme qui le menaçait du regard.

« Reste où tu es Keir ! » ordonna t-il.

Le garçon s'immobilisa de nouveau, le regard terrifié passant de l'inconnu à son père.
Le chef du clan s'avança alors vers l'homme et le silence se fit de nouveau. L'homme avait toujours paru impressionnant à Keir, mais pas autant qu'en ce moment même.
Alors que tout le monde attendait qu'il parle, il leva soudain un bras où brillait une étrange bague. Sans prévenir, une silhouette bleutée jailli alors de l'objet et frappa l'homme de plein fouet. Surpris par une telle attaque, celui ci ne pu esquiver et fut jeté un mètre plus loin dans les sables du désert.

« Ceci fait marque d'un avertissement étranger. Je ne tolérerai pas un instant de plus votre présence parmi nous. Nous sommes la tribu yerkan de Tel'Han, lignée ancestrale de la déesse du jour et détentrice des secret de son héritage. Et même si nous sommes un peuple pacifique, nous n'hésiterons pas à vous chasser. Maintenant partez. »

L'homme se releva lentement, il souriait, mais ce que Keir lu dans son sourire le glaça.
Il toisa le chef et Aveijo qui s'était relevé et d'une main essuya le sable collé à son visage.
Puis, dans le silence qui s'était installé, il prononça la sentence :

« Tuez les tous, ne gardez que ces trois là. »

L'ordre fusa et frappa tout le clan de plein fouet.
La suite ne fut pour Keir qu'un mélange de couleurs, d'odeurs et de sentiments de panique. Les hommes en noirs attaquèrent en même temps et ce fut le chaos...
Partout, des personnes se mirent à courir, des hurlements retentirent, des bruits de combats se firent entendre. Le jeune yerkan se secoua et voulu rejoindre son père en courant. Mais un homme en noir lui barra la route en brandissant une épée, le visage figé. Terrifié, Keir n'osa pas bouger, regardant béa la lame s'abattre. Quelqu'un jailli alors sous ses yeux et frappa le mercenaire de plein fouet. Keir reconnu sa mère.

« Keir ! Fuis ! Va t'en ! » hurla la femme en se débattant férocement avec son adversaire.

La raison ordonnait la même chose au garçon. Mais pour rien au monde, et malgré toute la peur qu'il ressentait, il n'aurait abandonné sa mère. Après une brève hésitation il vola à son secours. Malheureusement, il était déjà trop tard. Leena se battait comme une diablesse, mais le mercenaire lui était forgé au combat. Après une courte lutte, il parvint à tirer sa dague et la planta solidement dans le ventre de son adversaire. Malgré la douleur, la femme saisi le bras de l'homme pour l'immobiliser, puis, saisissant une pierre de l'autre, lui asséna un coup mortel à la tempe. Les deux s'effondrèrent en même temps.
Poussant un hurlement, Keir se jeta dans le sable et saisi sa mère par les épaules pour la retourner. Cette dernière ouvrit les yeux et le fixa, un pâle sourire sur les lèvres.

« Il faut que tu vives Keir. Que tu continus à vivre et à ne laisser personne te dicter tes choix. »

D'une main, elle caressa la joue de son fils, humide de larmes.

« Mon petit garçon... Je suis si fière de toi. »

Leena inspira profondément une dernière fois, sa main retomba dans le sable et elle s'immobilisa définitivement...
Keir la regardait, le visage inondé de larmes. Sa mère, morte. Tout cela ne pouvait être vrai. Ce n'était qu'un gigantesque cauchemar...
Insensible à la bataille autour de lui, le garçon continua de bercer le corps de Leena, secoué de sanglots. Ce fut une main tremblante sur son épaule qui le ramena à la réalité.

« Ke... ir... »

Le garçon tourna la tête. Essyline se tenait devant lui, agenouillée dans le sable. Le visage pâle, elle saignait de l'épaule et pleurait elle aussi abondamment.

« Ke... Keir... Je.. n'arrive pas à le réveiller... »

Ses sanglots l'empêchaient d'articuler. C'est alors seulement que le garçon remarqua qu'elle trainait quelque chose derrière elle. Le coeur de Keir s'arrêta. Un frisson d'horreur indescriptible secoua tout son être et son esprit termina de se décrocher de la réalité. La chose que trainait Essyline était en fait une personne. Une personne qui n'était autre que Pallun. Les yeux à demi clos, il gisait sur le sol, une plaie béante ouverte sur sa poitrine...
Ce fut la dernière chose que vit Keir. Car au même moment, un violent coup le frappa à la tête. Il se sentit partir et tomba dans le sable, évanoui...


Lorsque Keir se réveilla, la douleur à sa tête fut la première des sensations qu'il perçut... La seconde fut celle plus lancinante et plus violente dans son cœur. La troisième, fut un désespoir profond. Il daigna ouvrir les yeux et jeta un regard autour de lui. Autour de lui, des membres de sa tribu étaient assis sur le sol, plus ou moins blessés. Ils se trouvaient dans une pièce entièrement faite de planches, du sol au plafond. Petite particularité : cette pièce bougeait...
Keir jeta un œil vers la seule source de lumière de l'endroit : une ouverture fermée de barreaux en fer à l'autre extrémité de la pièce. Mais était ce bien une pièce ? Le garçon voyait le paysage du désert s'agiter au delà de cette ouverture...
Il comprit alors.
Ils se trouvaient dans une charrette. Mais où les emmenait-on ?

« Keir... »

Le garçon tourna la tête à sa droite. Essyline était assise à un mètre de lui. Elle se rapprocha en se trainant sur le sol. Le garçon s'aperçut alors qu'en plus de son épaule, son genou gauche était couvert d'un gigantesque hématome qui laissait deviner que sa jambe était brisée. Son visage était extrêmement pâle et des goûtes de sueur y perlaient.

« Tu... tu vas... bien ? » demanda t-elle d'une voix faible et éteinte.

Keir ne répondit pas, c'était au dessus de ses forces et se contenta de porter une main au front de la jeune yerkan. Elle était brûlante de fièvre, la plaie dans son épaule avait du s'infecter. Il jeta un regard autour de lui. A peine la moitié de son clan était présent, les autres étaient tous morts, il le savait. Tous sans exception.
Parmi les survivants, beaucoup étaient blessés. Quelques uns agonisants.
Gardant un visage de marbre, le garçon reporta son attention sur Essyline. Son amie lui lança un regard empli de détresse et parla d'une voix chevrotante :

« J'ai... un peu froid... Je peux... mettre ma tête sur tes... genoux ? »

Sans attendre de réponse, elle s'exécuta et s'affala littéralement sur le garçon. Sa respiration était sifflante et difficile. Keir jeta un œil à son épaule et sentit la nausée lui venir. La blessure, toujours ouverte, avait pris une teinte jaunâtre.
Il se mit à trembler, comprenant que le sort de son amie était sûrement scellé. Comme si elle l'avait deviné aussi, elle se mit à pleurer doucement. Keir caressa lentement ses cheveux dans un geste qu'il voulu rassurant. La jeune yerkan cessa peu à peu de sangloter et réussi à s'endormir sur les genoux de son ami.
Keir ne dormi pas. Si son visage était neutre, son regard laissait passer de nombreuses émotions qui s'affrontaient dans un combat sans merci.
Pourquoi leur avait on fait subir ça ? Pourquoi tout ces morts ? Pourquoi eux, clan qui s'était toujours proclamé pacifique ?
Toutes ces questions sans réponses tournaient dans sa tête, finissant de briser ce qu'il restait de son enfance, injectant dans son esprit un poison virulent contre lequel n'existe aucun antidote.
Ce jour là, Keir le petit yerkan curieux de tout et heureux de vivre mourut, laissant la place à Keir le garçon sombre et froid qui allait plus tard se faire connaître pour son manque total de pitié.
Doucement mais sûrement, le garçon s'assombrissait et s'emplissait peu à peu de haine.


Quatrième partie :

Le voyage dura trois jours. Trois jours pendant lesquels ils traversèrent le désert avec pour seules interruptions quelques pauses où les hommes en noir qui avaient attaqué la tribu leur apportaient de quoi boire et manger.
Essyline mourut à l'aube du troisième jour. Keir n'avait plus de larmes pour pleurer sa mort.
D'autres personnes du clan succombèrent à leurs blessures. Lorsque la charrette s'arrêta pour de bon, ils n'étaient plus qu'une trentaine.
Leurs geôliers les firent descendre et les attachèrent les uns aux autres à l'aide de chaines.
Keir se laissa faire, son esprit n'était qu'à moitié dans la réalité, l'autre partie étant plongée dans un tourbillon noir qui semblait sans fond.
Ils étaient toujours dans le désert. Devant eux se dressait une tour titanesque défiant la réalité par son volume et sa hauteur. Keir la connaissait pour l'avoir déjà aperçu lors des migrations de son peuple : Ker-Areen, la majestueuse ville des sables.
Mais aujourd'hui, il ne jeta qu'un regard impassible à la ville.
Les hommes en noir les entrainèrent jusqu'au pied de la ville-tour. Ils entrèrent par l'une des larges portes à sa base.
Quelques jours avant, Keir aurait ouvert de grands yeux curieux, s'étonnant de tout ce qu'il découvrait, s'intéressant à tout. Ce jour là, il ne s'étonna de rien, ne jeta qu'un regard vide à la ville dans laquelle ils pénétraient, ne fit même pas attentions aux nombreuses merveilles qui s'offraient à leurs yeux.
Pendant une bonne demi-heure, les mercenaires leur firent traverser la gigantesque ville intérieure, montant un escalier par ci, traversant un pont par là, ou encore parcourant une série de ruelles sinueuses.
Finalement, ils les firent descendre dans une sorte de cave où s'alignaient plusieurs grandes cages et cellules.
De nombreuses personnes y étaient déjà présentes. Tous avaient le même air sombre et soumis, et tous portaient à la cheville le même bracelet de métal incrusté d'une étrange pierre brillante. Bracelet que les hommes en noir fixèrent aux pieds de chacun des nouveaux captifs avant de les répartir dans les cellules. Lorsque vint son tour, Keir ne broncha pas, pas plus qu'il ne réagit lorsqu'on le poussa dans l'une des geôles au milieu d'autres prisonniers.
Les gardiens échangèrent quelques mots puis quittèrent la pièce après avoir soigneusement verrouillé les portes des prisons de métal.
Keir se ramassa sur lui même dans un coin et ramena ses jambes contre son torse. Son visage était toujours aussi fermé et inexpressif. Son esprit en revanche continuait de sombrer. Il entendit à peine les autres prisonniers parler autour de lui. Il perçut les notions d' « esclaves », de « cercle du chaos », de « vente aux enchères », mais il n'écoutait qu'à moitié.
En réalisant qu'en trois jours à peine, il avait tout perdu, son être entier s'était enfermé dans une latence qui empêchait son esprit de céder entièrement à la folie.
Sa mère, son père, Pallun, Essyline et tout ses amis, tout les gens qu'il aimait.
Tous étaient morts.
Morts si rapidement et de manière si incompréhensible que cela semblait irréel.
Ils étaient morts, et Keir sombrait...

Quelques heures plus tard, des mercenaires vinrent les chercher. Ils les firent mettre en rang en les attachant entre eux et ils quittèrent la pièce par une porte opposée à celle par laquelle ils étaient entrés.
Ils pénétrèrent sur une vaste place remplie de monde. Plusieurs estrades y avaient été dressées et leurs gardiens les firent monter sur l'une d'elle sans plus attendre. Des gens rassemblés devant l'estrade les observaient d'un air intéressé, tandis qu'on les faisaient aligner face à eux. Un petit homme au crâne rasé et sourire de faux-jeton s'avança alors et commença à présenter les esclaves un par un en se lançant dans une véritable vente aux enchères avec le public. Des prix étaient annoncés, des offres adjugées. Les prisonniers partaient les uns après les autres, vendus à des propriétaires.
Keir fut acheté par un homme à l'air fatigué et aux cheveux poivre et sel qui l'emmena aussitôt son achat fait sans dire un mot.
L'inconnu lui fit traverser une nouvelle série de ruelles et d'escaliers en silence puis il s'arrêta devant une habitation rattachée à une sorte de grange massive.

« C'est ici que tu vas travailler, annonça l'homme d'une voix morne en lui montrant la grange, dans ma tannerie. Désormais tu m'appelleras « maître Gaeris ». »

Sans rien ajouter d'autre, il le mena jusqu'à la grange et l'y fit entrer. Puis il ferma la porte derrière lui, le laissant au milieu d'autres esclaves qui travaillaient dans des bassines ou à coté de montures de bois sur lesquelles était tendu du cuir. Puis il s'en alla après avoir verrouillé la porte, laissant aux autres esclaves le soin d'expliquer à Keir le travail qui l'attendait.

Dans les années qui suivirent, Keir travailla comme prévu à la tannerie. La besogne était dure, mais il ne se plaignait pas. En fait, il ne se plaignait plus de rien.
S'il était peu à peu sortie de l'état de renfermement dans lequel l'avait plongé l'extermination de sa tribu, il n'en avait pas pour autant changé son attitude. Certes il exécutait docilement les tâches qu'on lui confiait, mais son regard exprimait la vérité sur ses sentiments : il s'était fait froid et assombrit, et au cœur de ses pupilles blanches brillait, imperceptible, une haine vivace et intarissable. Une haine qu'il adressait à tous, à tout les être vivants, à tout ceux qu'il croisait. Il parlait peu aux gens, se contentant de répondre vaguement lorsqu'on lui parlait.
En seulement un an, Keir avait entièrement changé. Et pas seulement mentalement. Le travail rude à la tannerie avait commencé à le transformer physiquement. A huit ans, le garçon avait déjà acquis un corps robuste bien que toujours très fin. Ses cheveux autrefois d'un châtain brillant s'étaient assombris et, phénomène étrange et inexpliqué, avaient commencé à se parer de mèches aussi noire que l'ébène.
Maître Gaeris n'était pas un tyran, et lorsque le travail à la tannerie se réduisait, il laissait les esclaves inoccupés vagabonder librement dans l'étage de la ville où se situait la tannerie. Tous savaient pertinemment que, de toute façon, la moindre tentative de fuite était proscrite. Les bracelets de métal qu'ils portaient tous à la cheville étaient enchantés, grâce à la gemme incrusté dedans, pour empêcher les porteurs de trop s'éloigner de leurs propriétaires ou même de briser l'anneau.
Keir passait donc son temps libre à errer plus qu'à se promener dans les rues sinueuses de Ker-Areen, ressassant de sombres pensées qui ne le quitteraient jamais.
Bien qu'il soit sorti de sa léthargie, il montrait toujours peu de réaction à ce qui l'entourait, ne s'émerveillant plus de rien, ne montrant plus de curiosité pour quoi que ce soit.
Plusieurs fois, il lui arriva de tomber sur des enfants de riches, qui n'avaient pour les esclaves que mépris et sarcasmes. A chacune de leurs rencontres, Keir subissait leurs quolibets ou jeux cruels, et même parfois leurs coups. Mais jamais il ne réagissait, même lorsque ses tortionnaires en venaient aux mains et le rouaient de coups, le laissant à la fin couvert de bleus. Il haïssait toujours le monde, mais n'avait aucun goût pour la réplique et aucunement la volonté de se battre.

C'est pourtant lors de l'une de ces rencontres que sa vie prit enfin un nouveau tournant.

Ce jour là, le maître avait fermé la tannerie pour régler des affaires d'aménagement. Il avait donc laissé aux esclaves la liberté de se promener durant toute la journée. Keir avait décidé d'aller se poser sur le rebord d'un bassin de la place marchande proche et d'y flâner jusqu'à ce qu'il ressente la faim. Malheureusement pour lui, son chemin le mena à croiser celui de l'une des bandes d'enfants de riches les plus hargneux. Keir avait déjà eu affaire à eux, et il su en observant leurs regards que leurs intentions habituelles à son égard n'avaient pas changé.
Tentant un maladroit échappatoire, il bifurqua d'un seul coup et se dirigea vers les ruelles, peut être la bande l'oublierait elle.
Mais ce n'était pas du tout dans l'intention des enfants d'abandonner leur proie aussi facilement. Ils se mirent à le suivre. Keir augmenta le pas et tourna dans plusieurs rues remplies d'étalages dans le mince espoir de semer ses poursuivants. Malheureusement, au détour d'une ruelle, il se trouva face à un cul de sac.

« Tant pis. » pensa t-il avec lassitude.

Déjà derrière lui la bande arrivait, l'acculant contre le mur.
Sourires méchants aux lèvres, ils s'approchèrent de lui en l'insultant avec force. Keir leur lança un regard désintéressé qui eu pour don de les mettre encore plus en colère. Des insultes, ils passèrent aux coups. Keir reçu le premier au ventre, l'autre sur le front, le jetant à terre. A aucun moment il ne pensa à réagir, se laissant malmener avec une moue sombre et monotone, son regard perdu dans le vague. Il savait que les enfants finiraient par se lasser, lorsqu'ils perdraient le goût de leur jeu malsain, ou lorsqu'ils auraient mal aux pieds et aux mains. Plongé dans un état d'esprit insensible Keir ne ressentait presque pas la douleur, ou du moins il n'y faisait même pas attention.

« Hé crâne dur ! »

L'appellation avait fusé. Tout les garçons se retournèrent et même Keir daigna lever la tête pour voir qui avait parlé. Il eut juste le temps de voir un étrange garçon vêtu d'habits de voyage avant que celui ci ne lance aux yeux du plus costaud des enfants une poudre rouge qu'il avait fait jaillir d'une petite bourse. Keir reconnu d'un seul coup d'oeil de la poudre d' Elkash, un épice très fort tiré d'une plante des sables. La victime hurla de douleur en essayant vainement de chasser la poudre de ses yeux et donna un coup de poing maladroit en direction de son agresseur. Celui ci esquiva d'un mouvement agile et se retrouva dans le dos du garçon et d'un habile coup au genou, le fit chuter à terre, lui maintenant la tête pour que celle ci cogne la rue de pierre. Le bruit mat qui résultat de la chute indiqua que le crâne du garçon en avait prit un coup. Celui ci ne se releva pas.
Les enfants réagirent alors comme si la défaite de leur comparse leur avait fait l'effet d'un choc électrique.
De concert, il se jetèrent sur leur adversaire en hurlant, faisant pleuvoir sur lui une tornade de coups de pieds et de poings. Le garçon se lança dans une série d'esquives agiles qui laissait deviner une grande expérience du combat pour son âge.
Keir s'était redressé. Son regard torve avait laissé la place à une surprise totale. Personne ne s'était jamais porté à son secours lors des nombreuses fois où il s'était fait malmener par ces enfants de riches. Les esclaves étaient considérés comme une race à part et inférieure et personne ne se donnait la peine de les aider. Pourtant c'est bien ce que le jeune garçon inconnu venait de faire.
Quelque chose remonta à la surface dans l'esprit de Keir, quelque chose qu'il avait oublié depuis longtemps : la curiosité.
Ses yeux examinèrent attentivement le jeune garçon. Il devait avoir à peu près son âge. Les cheveux châtains courts, les yeux d'un gris clair étonnant, il dégageait une aura d'assurance frappante.
Comme s'il avait senti qu'il l'observait, le jeune garçon lui lança un regard perçant sans cesser d'esquiver les attaques de ses adversaires. Puis, assenant un coup à l'un d'eux du plat de la main, il se mit à lui crier :

« Tu comptes rester planté là encore longtemps ?! Allez bats toi ! »

Ces mots atteignirent Keir comme un coup de fouet. Les paroles avaient été prononcées, non comme un reproche, ni même comme un ordre, mais comme un encouragement. Un encouragement qui prit sens dans la tête du jeune yerkan.
Dans son esprit, quelque chose se réveilla, se mit à vibrer et perça le mur de mélancolie qui l'enserrait. Lentement, le garçon se leva et, alors que l'un des enfants passait devant lui après avoir été repoussé par leur adversaire, il effectua un mouvement agile et puissant du bras. Le coup frappa sa cible au ventre. Il y eut une demi seconde de flottement, puis l'enfant fut éjecté en arrière. Les autres cessèrent un moment le combat pour lui jeter un regard sidéré. Lorsque Keir releva les yeux vers eux, son regard avait changé. L'air sombre et blasé avait totalement disparu, laissant la place à une flamme brûlante qui semblait faire briller ses pupilles de nacre. Une flamme de volonté et de colère vivaces qui faisait remonter en lui tout ce qu'il avait oublié depuis l'extermination de son peuple.
Le jeune humain qui l'avait aidé, lui, souriait avec satisfaction, comme conscient de ce qu'il venait de réveiller en Keir. Son coude atteignit l'un des enfants au ventre, le pliant en deux, et le combat reprit. Alors que l'inconnu virevoltait de nouveau avec agilité, et finissait de mettre à terre son adversaire d'un impressionnant coup de pied à la tête, les deux enfants restants se jetèrent sur Keir en criant. Le yerkan ferma les yeux. Du plus profond de sa mémoire, des mouvements et réflexes rejaillissaient. Son apprentissage du Ha'teïs, refoulé pendant toutes ces années, ressortait et agissait sur chacun de ses mouvements.
Le premier enfant l'atteignit, mais Keir était prêt. Il ouvrit les yeux et, esquivant le poing de son adversaire, remonta le long de son bras et se retrouva sur son coté. Déstabilisé, l'agresseur vacilla et se pencha en avant. Le pied de Keir le cueillit alors à la mâchoire dans un puissant mouvement circulaire qui le jeta au sol.
Le yerkan ne regarda même pas sa victime s'effondrer. Dans ses yeux brûlait toujours une colère vive trop longtemps retenue. L'Ha'teïs qui d'ordinaire était un art défensif, était utilisé ici de manière destructrice dans le seul but d'éliminer les adversaires.
Le second enfant fut rapidement sur lui. Au lieu de se mettre en garde, Keir avança sur lui avec une rapidité que son apparence ne laissait pas deviner. La paume de sa main gauche se plaqua sur la joue de son adversaire pour l'accompagner dans son mouvement tandis que sa main droite frappait violemment son plexus solaire. La scène se figea un court instant et l'agressé suffoqua. Puis Keir enfonça plus profondément sa main entre ses côtes et sa victime s'évanouit.
Sans plus de cérémonie, le yerkan le laissa chuter à terre, reportant son attention sur le garçon qui lui avait porté secours. Son regard avait perdu la colère qu'il exprimait quelques secondes auparavant et s'était fait de nouveau intrigué. Après lui avoir jeté un coup d'œil, l'inconnu se pencha sur leurs victimes qui gémissaient au sol et commença à leur faire les poches. Surpris, Keir le regarda faire. Son œuvre réalisée, le jeune humain lui jeta un nouveau regard et, devant son air dubitatif lui lança :

« Quoi ? Tu n'as jamais eu envie de joindre l'utile à l'agréable ? »

Keir ne répondit pas et continua de scruter son visage de ses yeux où la curiosité était de plus en plus perceptible. Tout dans ce garçon l'étonnait. Son attitude, ses vêtements, ses aptitudes au combat... Qui était il ?
Celui-ci poussa un soupir devant son manque de répartie et reprit :

« Bon allez. Si on reste là trop longtemps on va finir par s'attirer des ennuis. C'est peut être déjà le cas remarque. Tu viens ? »

Keir hésita :

« Où ça ? » demanda t-il, mi surpris mi méfiant.

L'inconnu haussa les épaules.

« Je ne sais pas on verra bien. »

« C'est que... »

« Je ne suis arrivé qu'hier, tu me montre la ville ? »

Sans attendre de réponse, son compagnon de combat fit volte face et s'avança vers la rue. Keir l'observa un moment. Quelque chose d'étrange se passait dans sa tête. D'ordinaire, il ne s'intéressait pas aux gens, et n'aurait sans doute pas suivi le jeune garçon. Mais celui ci avait réveillé quelque chose en lui, une force qu'il n'écoutait plus depuis des années et qu'il sentait bouillir à présent dans son cœur.
Il n'hésita pas plus longtemps et marcha rapidement pour rejoindre le jeune humain. Après tout pourquoi pas ?

Ils passèrent la journée à vagabonder dans les rues de Ker-Arreen. Comme il le lui avait demandé, Keir montra à son compagnon les coins qu'il connaissait de la ville. Il lui semblait lui même redécouvrir l'endroit, car l'œil qu'il posait dessus n'était plus vide et désintéressé.
Avec l'argent qu'il avait volé à leurs récentes victimes, le jeune humain leur acheta des friandises sur le marché qu'ils mangèrent en bavardant le long des rues. Si Keir avait d'abord eu du mal à répondre à la demande de conversation de l'inconnu, il s'était ensuite laissé étrangement emporté par le caractère enjoué et vivant de ce dernier.
Il passèrent aussi une bonne partie de l'après midi à jouer à lancer des fruits plus ou moins mûres sur toutes sortes de cibles, vivantes ou non. Pour la première fois depuis longtemps, Keir parvenait à s'amuser de nouveau. Sans qu'il s'en rende compte, au fond de son cœur, une petite lueur étouffée par sa profonde mélancolie refaisait surface.
A la fin de la journée, avec l'aide de son comparse inattendu, il escalada l'une des maisons du quartier marchand pour se poster sur le toit. De là, ils observèrent l'agitation de la ville alors que les marchands commençaient à plier leurs étalages.
Chacun resta silencieux un bon moment. Keir repensait à cette journée qu'il venait de vivre et qui avait été de loin la plus belle de ces trois dernières années. Mais elle avait été bien plus que cela. Car à présent, il en était conscient, quelque chose de nouveau brûlait au fond de lui, pulsait une forte volonté dans ses veines. Sa mélancolie n'avait pas disparu, loin de là. Il doutait d'ailleurs de se séparer d'elle un jour. Mais elle affrontait désormais de nouveaux sentiments vivaces qui avaient revendiqué leur place dans l'esprit du garçon.

« Si tu es esclave, pourquoi est ce que tu ne t'enfuis pas ? »

La question avait fusé. Keir échangea un regard avec le garçon assis à sa droite. Puis il secoua négativement la tête.

« C'est impossible avec se bracelet. »

Il désigna l'anneau de métal qui enserrait sa cheville droite et où la gemme brillait comme au premier jour. Sa réponse n'était pas tout à fait vraie. La vérité était qu'il ne s'était jamais posé la question d'une quelconque évasion, ses années d'esclavage n'ayant été qu'une longue période de profond désespoir qu'il avait passé, plongé dans sa sombre latence.
Son compagnon sorti alors un étrange crochet du sac qu'il portait.

« Je peux peut être essayer de... »

Comprenant qu'il voulait tenter de crocheter le bracelet, mais sachant que c'était inutile, Keir lui présenta tout de même sans conviction son pied droit.
Le garçon inséra le crochet dans la serrure placée sur le coté de l'anneau. Il y eut alors un bruit ce métal brisé et il le retira aussitôt, cassé en deux.

« Bon bah non tout compte fait. » annonça le jeune humain d'un air déçu.

Keir haussa les épaules et laissa rependre sa jambe dans le vide. Son compagnon se leva alors et lança :

« Bon aller je dois y aller on m'attend. Demain je repart vers le nord mais qui sait on se reverra peut être. »

Il fit mine de s'en aller sur ces mots. Keir hésita, puis finalement lui lança avant qu'il ne parte :

« Attends. Donne moi ton nom... »

« Envyr. Répondit le garçon sans hésitation. Et le tien ? »

« Keir. »

« Alors au revoir Keir. » conclu t-il en lui adressant un sourire amical.

Sans plus attendre, il sauta sur le toit suivant, continuant son chemin sur les hauteurs.
Keir le regarda partir jusqu'à ce qu'il disparaisse. Il ne savait pas trop quoi penser de cette étrange rencontre. Mais s'il était sûr d'une chose, c'est qu'il ne l'oublierait pas.
Après quelques minutes d'immobilité, il se redressa à son tour et descendit du toit pour se remettre en route vers la tannerie.
Physiquement, rien n'avait changé, il était toujours un esclave au regard sombre et à la démarche tranquille. Mais dans son esprit, invisible de tous, un élément nouveau de sa personnalité venait de se mettre en place, et une volonté croissante germait...


Dernière édition par Keir Pyros le Ven 13 Avr - 14:49, édité 4 fois
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Keir Pyros
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MessageSujet: Re: Keir Pyros : Traqueur de l'Ordre   Jeu 12 Avr - 23:17



Histoire (Suite) :

Cinquième partie :

Les années qui suivirent furent le début de changements qui transformèrent à nouveau le destin de Keir.
Le premier de ces changements fut qu'il se remit à pratiquer l' Ha'teïs par des entrainements rigoureux qu'il effectuait chaque matin.
Le second, qu'il ne laissa plus aucun enfant s'en prendre à lui, verbalement ou non. Sorti de son état de lassitude, il distribuait volontiers de cuisantes corrections à ceux qui lui adressaient des insultes.

A peine deux semaines après sa rencontre avec Envyr, le jeune yerkan apprit que maître Gaeris avait perdu à un jeu de dés dans lequel il avait parié deux esclaves. Or, l'une des deux mises n'était autre que lui.
Keir se retrouva donc entre les mains d'un nouveau propriétaire qu'il rencontra dès le lendemain que maître Gaeris le lui ai annoncé. C'était un elfe forestier de grande taille et à l'air glacial. Il était vêtu d'un manteau sombre de voyage passé par dessus une toge brodée de fils d'or. Le jeune yerkan su immédiatement qu'il ne l'aimait pas. L'autre esclave qui avait été cédé avec lui était un humain un peu moins âgé que lui qui semblait angoissé par ce changement soudain. Keir lui n'était pas anxieux, il se contentait d'attendre patiemment son heure.

L'elfe ne dit rien, se contentant de les jauger du regard. Puis après un instant d'examen, il leur intima de le suivre d'un mouvement de tête. Avec lui, ils descendirent au rez de chaussé de Ker-Areen. Là, leur nouveau propriétaire paya un cocher conduisant une charrette de transport et, toujours en silence, ils partirent de Ker-Areen.
Keir eu un étrange frisson en retrouvant les sables du désert qu'il n'avait pas vu depuis trois ans. Fermant les yeux, il apprécia la chaleur du soleil sur sa peau. Cette dernière avait quelque peu perdu sa teinte halée pour rester légèrement brunie. Alors qu'ils traversaient les dunes vers le nord-ouest en suivant la seule route qui partait de Ker-Areen, l'elfe au manteau sombre s'adressa enfin à eux :

« Nous retournons à Imperia. Vous êtes maintenant sous mes ordres, et vous ne vous adresserez à moi que lorsque je vous en donnerait l'autorisation. Vous m'appellerez « maître Eldaniel ». J'attends de vous une obéissance totale et silencieuse. »

Keir lui lança un regard perçant. L'elfe lui en rendit un froid avec un soupçon d'avidité surprenant et le garçon détourna les yeux.
Non, il ne l'aimait pas du tout, et ne doutait pas qu'il leur cachait des choses les concernant.

Il leur fallut quelques heures pour rejoindre la grande route des marchands ‒Keir passa son temps à jeter des regards curieux à toutes les personnes qui passaient sur la route, marchands, gardes, mercenaires...‒ et presque une semaine pour rallier Imperia, la capitale de l'Empire.
Keir avait déjà entendu parler de la majestueuse cité fortifiée, mais jamais il ne l'avait imaginé si grande... Lorsqu'elle leur apparu au sommet d'une colline, il en resta muet de surprise. La ville se dressait sur de gigantesques falaises qui l'entouraient et s'étalait sur des kilomètres. Construit au centre et sommet de la ville, le grand palais impérial dressait son dôme et ses tours face au ciel, comme pour défier les nuages. Les voyageurs entraient dans la cité par le seul accès : un immense pont arqué qui remontait jusqu'au sommet des falaises et reliait une porte massive.
Une fois le pont franchit, il pénétrèrent dans la ville.
Keir se mit à regarder dans tous les sens, essayant de tout apercevoir, de tout analyser. Des rues partaient de tous cotés, glissant entre les bâtiments, parfois droites, parfois sinueuses, toutes pavées. Des centaines de gens de différentes races parcouraient les chemins de pierres, discutant, criant, se disputant, s'agitant. Des odeurs de viande grillée et d'herbes séchées se mêlaient à celles du cuir tanné et du métal chauffé, ainsi qu'à de nombreuses autres effluves. A chaque coin de rues, des saltimbanques exécutaient des numéros de jonglerie, de magie, ou d'acrobatie sous les yeux avides de la population. Des animaux de toutes sortes poussaient cris, couinements et grognements.
Keir fut rappelé à l'ordre par son nouveau maître.

« Tiens toi tranquille ! Je ne tiens pas à me faire remarquer ! »

Le garçon lui jeta un regard scrutateur et finit par s'exécuter.

Quelques minutes plus tard, ils s'arrêtèrent devant une maison grande et ostentatoire. L'elfe paya le conducteur de la charrette et poussa ses esclaves à l'intérieur. Ils découvrirent une pièce richement meublée et décorée de tapisseries et de tableaux.
Keir détesta vite cet endroit trop brillant et trop coloré à son goût. Le maître des lieux les amena jusqu'à une trappe qui donnait sur la cave et les enferma à l'intérieur après leur avoir jeté un morceau de pain à moitié rassi.
L'autre esclave se recroquevilla dans un coin l'air effrayé. Keir qui, au contraire de son compagnon, ne paraissait pas inquiet le moins du monde s'allongea contre un mur et s'endormit presque aussitôt.

Dans les jours suivants, le jeune yerkan comprit enfin ce que signifiait l'étrange lueur qu'il avait perçut dans le regard de leur nouveau propriétaire. Si celui ci leur faisait faire le ménage et lui apporter ce qu'il demandait, il avait aussi d'autres projets pour eux. Dès le deuxième jour, il les avait amené dans une pièce de son habitation dissimulée derrière l'armoire de son bureau. Un étrange assortiment d'ustensiles aussi bizarres les uns que les autres ornaient l'endroit. Des sphères brillantes pendaient au plafond, des étagères étaient remplies de toutes sortes d'objets dont des crânes, des fioles et des livres usés. Une autre partie de la pièce était occupée par deux affreux sièges de bois pourvus d'attaches à faire froid dans le dos. C'est d'ailleurs dans ces sièges que l'elfe les avait attachés avant de farfouiller dans ses ustensiles. Mal à l'aise, Keir et l'autre esclave avaient attendu en retenant leur souffle.
La suite avait mit à rude épreuve la résistance à la douleur du jeune yerkan. L'elfe, apparemment pratiquant de la magie, avait effectué une série d'expériences douloureuses sur les deux jeunes garçons, notant les résultats dans un carnet noir. Ce n'est qu'en fin de soirée qu'il libéra enfin ses deux esclaves et les renvoya dans leur cave, épuisés et tremblants. Keir venait de comprendre pourquoi leur nouveau propriétaire avait eu besoin de nouveaux esclaves.

Les jours s'enchainèrent, puis les semaines et les mois. Leur maître était impitoyable. De temps à autre il prenait l'un d'eux pour pratiquer ses expériences et ne le libérait que plusieurs heures plus tard, consumé par la douleur. Les coups qu'il leur distribuait leur empêchait de se plaindre.
A l'intérieur de l'esprit de Keir, un sentiment puissant, qui s'était éveillé grâce à la rencontre avec Envyr, pulsé par sa volonté grandissante, croissait de jour en jour. Chaque torture qu'il subissait, chaque douleur brûlante qu'il ressentait ne faisait qu'alimenter cette force.
Ce sentiment, c'était la haine.
Une haine qui, autrefois, était dirigé contre le monde entier, inutile et sans force, et qui à présent se précisait. Keir haïssait ce maitre cruel. Il haïssait ce statut forcé d'esclave. Il haïssait cette vie imposée. Mais il haïssait aussi autre chose...
Ses souvenirs, qui autrefois l'avaient plongé dans un trou noir sans fond, le faisait aujourd'hui réfléchir, lui faisant réaliser qu'il lui manquait certaines pièces du puzzle.
Ces personnes, celles qui avaient attaqué son clan, étaient des mercenaires du Cercle du Chaos, il le savait. Mais durant ces années d'esclavage à Ker-Areen, il avait apprit que les membres de cette guilde n'étaient pas des meurtriers, seulement des assassins. S'ils tuaient, ce n'était que pour l'argent. Quelqu'un d'autre avait donc payé ces mercenaires pour exterminer sa tribu. Quelqu'un qui avait des raisons précises pour cela.
Keir s'était rappelé l'homme à l'air froid qui avait posé d'étranges questions à son père à propos d'un « objet ». Il devait apprendre qui était cet homme. Mais dans son état actuel, prisonnier de l'esclavagisme de son maître, il ne pouvait rien faire...

Ce n'est que deux ans plus tard, alors qu'il venait de fêter ses treize ans, que Keir décida enfin de changer de nouveau son destin.
Ce jour là, alors qu'il pratiquait ses mouvements d'Ha'teïs dans la cave où l'avait laissé son maître, la trappe d'entrée s'ouvrit et l'autre esclave dégringola les marches pour atterrir à plat sur le sol de pierre. Il sanglotait. La trappe se referma aussitôt.
Keir accouru vers son compagnon et le releva.

« Qu'est ce qu'il se passe ? Qu'est ce qu'il t'a fait ? Tu... »

Le jeune yerkan se tut, jetant un regard au bras gauche du jeune esclave. Celui ci s'arrêtait désormais au niveau du poignet, laissant apparaître un moignon sanglant là ou se trouvait auparavant sa main.

« Je... voulais pas... remonter sur la chaise... sanglota le jeune garçon. Je voulais pas... avoir encore mal... »

Keir déchira un morceau de sa tunique de jute et enserra la blessure de son compagnon en silence.
Son esprit bouillait. La haine contre son maître qui s'était développée au fil des mois, le brûlait de l'intérieur, plus violente que toutes les douleurs qu'il lui avait fait subir.
Sans prononcer un mot, il entraina l'autre esclave vers un coin de la pièce où il le fit assoir contre le mur et lui passa une couverture sur les épaules. Puis, s'approchant d'un mur ou était fixé une chaine pourvu de menottes, servant sans doute à attacher les récalcitrants, il la saisi. Il prit une profonde inspiration, et, concentrant toute sa force sur ses bras, tira d'un coup violent en arrière. Fragilisée par la rouille, la chaine gémit et céda, s'arrachant à son attache.
Keir la dissimula alors en la plaçant autour de ses taille, sous sa tunique.
Ce soir, il allait venger son compagnon.

Lorsque l'elfe vint le chercher à son tour pour une série d'expériences, Keir le suivit docilement, ce qui tira un sourire de satisfaction au cruel maître.
Ils entrèrent dans la pièce et le mage lui ordonna de s'assoir sur l'un des horribles fauteuils. Un sourire malsain s'étira alors pour la première fois sur le visage du yerkan. Le regard qu'il envoya au maître fit écarquiller les yeux de stupeur à celui ci. Un regard plein de colère et à la volonté inébranlable.

« Non. » répondit calmement et froidement Keir, savourant sa réponse et la surprise qu'elle engendra.

« C... Comment oses tu désobéir ?! Assieds toi sur cette chaise ! » s'écria le maître, se secouant pour retrouver un air menaçant.

Keir fit un pas imperceptible en avant et son sourire augmenta, faisant frissonner l'elfe sans qu'il sache pourquoi.

« Non.  Répéta le garçon. Je ne vais pas m'assoir sur cette chaise. Je ne vais d'ailleurs plus jamais m'y assoir. Mais laissez moi vous donner la suite de ce qu'il va se passer. Je vais vous tuer. Ensuite, je vais quitter cette maison, pour toujours. »

Le mage recula d'un pas, déstabilisé par ces mots et l'assurance avec laquelle ils avaient été prononcés.

« Que... Je... Tu... Insolent ! »

Il conclu sa phrase en levant un doigt vers son esclave. Keir s'y était préparé, et d'un habile mouvement sur le coté, il esquiva l'éclair mortel qui jaillit du doigt. Puis, rapide comme un félin, il bondit en avant et asséna au sorcier un coup puissant au ventre du plat de la main, plaquant l'autre sur sa tempe. Le mage suffoqua et se plia en deux. La main placée sur son front commença à fumer. Keir ne savait pas comment il devinait ça, mais il savait qu'il était en train de drainer la magie de l'elfe. Il la sentait pulser dans ses veines.
Ne laissant pas le temps à son adversaire de réagir et profitant de son affaiblissement, il se jeta dans son dos et déroula la chaine qu'il plaça d'un mouvement souple sous sa gorge. Puis il se mit à serrer d'une main tout en maintenant de l'autre le bras de sa victime dans son dos. Le mage suffoqua et se débattit. Mais le garçon le tenait fermement.
Il serra, serra, et serra encore, déversant un peu plus de haine dans chaque geste. Le maître eut un dernier soubresaut, se tendit, puis arrêta de s'agiter, définitivement.
Keir lâcha sa victime, la laissant s'effondrer sur le sol.
Puis il se redressa et jeta au corps inerte un regard de mépris. Un nouveau sourire se dessina peu à peu sur son visage : il venait de découvrir qu'il pouvait tuer.
C'est à ce moment que son bracelet d'esclave, toujours fixé à sa cheville, se mit à vibrer fortement.
Le jeune yerkan ne se surprit pas. Il savait exactement ce qu'il se passait : les bracelets des esclaves, en plus d'empêcher ceux ci de s'enfuir, étaient prévus pour alerter les gardes les plus proches en cas d'agression d'un propriétaire par son esclave.
Keir ne s'angoissa pas, il s'était attendu à ce qui résulterait de son meurtre. Il lâcha donc sa chaine qui tomba à terre avec un bruit de cliquetis. Puis, sortant de la pièce, il s'avança vers le bureau du mage défunt et s'empara de la dague d'exposition qui trônait là.
C'était un objet léger mais au fil tranchant, cela suffirait.
Sans s'arrêter, l'arme serrée dans la main droite, Keir reparti vers l'entrée de la maison et ouvrit la trappe de la cave, espérant que, lorsque tout serait fini, son compagnon aurait assez de jugeote pour essayer de se cacher et, si possible, de briser son bracelet pour s'enfuir.
Il alla ensuite se positionner juste derrière la porte d'entrée, dans un coin sombre. Immobile, la respiration calme et l'air concentré, il attendit.
Des pas ne tardèrent pas à résonner dans la rue, et la porte s'ouvrit soudain à la volée, laissant entrer deux gardes armés d'épées. Les deux hommes solidement battis jetèrent des regards autour d'eux d'un air attentif. Se trouvant dans leur dos, Keir était hors de leur champ de vision. Profitant de cet avantage, il se glissa silencieusement derrière les gardes, puis sauta agilement sur l'un d'eux pour s'agripper à son cou. Surpris, le garde ne réagit pas assez vite. Le jeune yerkan leva haut sa dague et l'abattit de toutes ses forces, la plongeant dans le cou de sa victime.
Il pouvait tuer.
La dague perça facilement la chair dénudée, faisant jaillir une gerbe de sang de l'artère sectionnée.
Il pouvait tuer.
A peine le garde s'effondrait t-il dans un borborygme que Keir avait déjà sauté à terre et bondissait vers l'autre soldat. Celui ci, eut le bon réflexe de s'écarter de la trajectoire de la lame mortelle.
Il pouvait tuer.
Le garde survivant contre-attaqua aussitôt en poussant un hurlement. Son mouvement était puissant, mais trop ralenti par son esprit déstabilisé par la mort de son comparse. Keir évita agilement l'arme en mettant à profit ses mouvement d'Ha'teïs. Tournant sur lui même, il percuta alors l'adversaire entrainé par son élan et planta sa dague dans l'interstice de l'armure, au niveau des côtes. Le sang jaillit.
Il pouvait tuer. Tuer toutes ces personnes qui voulaient se mettre en travers du chemin qu'il avait choisi.
Le deuxième soldat s'effondra sans comprendre. Venait il vraiment de se faire tuer par un gamin ?
Keir regarda les deux corps face à lui.
Déjà dans la rues des pas retentissaient de nouveau. Le garçon savait qu'il n'aurait pas le temps de s'enfuir. Il n'en avait pas besoin, peut importe ce qu'il allait se passer, il avait imposé sa place dans ce monde.
Il s'assit en tailleur par terre, la dague dégoulinante de sang dans les mains. Alors que six nouveaux gardes entraient dans la maison, un sourire satisfait s'étira sur ses lèvres.


Sixième partie :

Dans sa cellule froide, Keir réfléchissait.
Lorsqu'ils l'avaient trouvé, assis au milieu des cadavres, les gardes avaient marqué un temps de surprise. Puis il l'avait immédiatement désarmé et menotté. Le jeune yerkan s'était laissé faire en silence. Les hommes en armure l'avaient alors mené à la prison d' Imperia qui se situait sous les fondements de la ville et l'avaient jeté dans une cellule.
Depuis combien de temps était il là à présent ? Deux heures ? Deux jours ? Il ne savait pas.
Il se contentait de réfléchir. Réfléchir à tout ce qui s'était passé pendant ces années d'esclavagisme. Il se doutait que sa situation n'était pas rose ‒les gardes pouvaient bien le laisser croupir ici des années‒ mais à aucun moment il ne regrettait son geste.
Alors qu'il méditait toujours, un bruit de pas se fit entendre dans le couloir parmi les quelques gémissements des prisonniers. Keir releva la tête sans grande conviction. Mais lorsque l'inconnu s'arrêta devant sa cellule, il haussa un sourcil d'un air intrigué.
La personne qui lui faisait face derrière les barreaux était grande et vêtue d'un manteau clair en toile épaisse et pourvue d'une capuche qui dissimulait son visage. A son flanc, une épée brillante dépassait de son manteau.
Un silence perdura quelques secondes. Keir attendait en retenant son souffle.
Puis l'inconnu parla :

« Keir Pyros hein ? Ta chambre a l'air confortable... Enfin, pour les rats et les puces. »

Sa voix était moqueuse, mais pas méprisante. Elle paraissait au contraire très intéressée. C'était une voix de femme. C'est ce dernier point qui finit de surprendre Keir et l'empêcha de répliquer une remarque acerbe. Au lieu de ça, il resta coi et observa l'inconnue avec curiosité. Celle ci s'accroupit devant la porte de la cellule sans repousser son capuchon et continua.

« J'imagine qu'un tel « palais » est loin de te convenir. A moins que tu n'apprécie vraiment les endroits sombres et humides. Auquel cas je ne pourrai rien pour toi. »

Keir ouvrit la bouche mais, ne trouvant rien à dire à l'étrange entrée en matière, la referma.
L'inconnue caressa les barreaux d'un doigt à la main gantée.

« Sais tu, reprit elle, pourquoi tu es ici Keir ? »

Elle attendait apparemment une réponse. Le garçon réfléchit un court instant puis lui lança un regard de nouveau empli de volonté mêlée de colère.

« Je suis ici, parce que veux être libre. Parce que je détestes ces personnes qui croient contrôler le corps et l'âme des gens. Parce que, si quiconque se met en travers de mon chemin, je le tuerais sans pitié. »

Il avait répondu d'une voix calme mais assurée.
Il y eut un silence, puis l'inconnue eu un petit rire et rejeta enfin sa capuche en arrière, libérant des cheveux d'un rouge puissant. Son visage à la peau pâle était éclairé par des yeux pourpres à la pupille blanche. Une yerkan.
La femme souriait avec satisfaction.

« Alors Keir. Reprit elle d'une voix malicieuse. Je vais te faire une proposition. Écoute la bien, car je ne la formulerai qu'une fois. Je te propose de te faire sortir de cette prison qu'est ton existence, outre de te faire sortir de celle dans laquelle tu te trouves. Je te propose de t'emmener avec moi loin du monde de l'esclavage. Tout ce que je te demande en échange, c'est de me confier ta vie. Et lorsque que je te parle ici de me confier, ce sera de ton plein gré, pas de manière forcée. Je te demande de m'offrir volontairement ta vie et de me laisser mettre à profit tes capacités pour faire de toi le meilleur combattant que ce monde ait connu. Je te propose, de devenir mon élève. »

Un nouveau silence, plus lourd cette fois accueillit ses mots. Keir restait immobile. Dans sa tête, des centaines d'idées s'entrechoquaient, échappant à son contrôle. La proposition de l'étrange yerkan avait chamboulé pas mal de ses certitudes. Peu à peu, des éléments se remirent en place dans sa tête et il put réfléchir normalement. Un horizon nouveau et possible s'ouvrit devant lui, révélant de nombreuses richesses et de nombreuses découvertes. Il voyait la liberté.
Arrivé à cette conclusion, le garçon n'hésita pas plus longtemps. Plongeant son regard dans celui de l'inconnue, il parla alors d'une voix convaincue.

« D'accord. »

La femme ne répondit rien, elle se contenta de sourire.

Dès qu'ils furent sortis de la prison, la yerkan mena Keir à travers la ville en direction du palais impérial. Le jeune garçon avait des centaines de questions à lui poser, mais il se retint, trop concentré à suivre son rythme de marche rapide. Le faire sortir de sa cellule avait été un jeu d'enfant pour la femme. Sous l'oeil surpris du prisonnier elle avait sorti de son manteau la clé de la porte en métal et s'était occupé d'ouvrir celle ci. Puis elle l'avait guidé hors de la prison, sans que les nombreux gardes tentent de l'arrêter. En fait, tous semblaient prendre à cœur d'éviter de faire attention à elle.

« Rylleseïmina. »

Keir lança un regard d'incompréhension à la femme qui venait de parler.

« Je m'appelle Rylleseïmina. reprit celle ci en continuant d'avancer. Mais appelle moi Ryll, ce sera plus simple. »

Keir hocha la tête, bien que la femme ne le regarde pas.
Celle ci se dirigea vers les hautes portes du palais et pénétra dans celui ci sans s'arrêter, le jeune yerkan sur ses talons. Keir lançait des regards ébahis de tous les cotés. Le palais paraissait encore plus gigantesque de l'intérieur. Son plafond s'élevait à des hauteurs vertigineuses. L'endroit dégageait une impression de magnificence et de noblesse qui laissait muet le visiteur.
Ryll continua vers l'un des nombreux escaliers du hall et le garçon du forcer le pas pour revenir à son niveau.
Ils marchèrent pendant de longues minutes, traversant le palais d'une manière qui semblait complètement aléatoire, montant des escaliers, empruntant des portes et des couloirs, traversant des passerelles. L'ancien esclave n'osa pas lui demander où elle l'entrainait, se contentant de la suivre en silence. Il ne cessait néanmoins de regarder les alentours avec curiosité.
Finalement, Ryll s'arrêta devant une gigantesque tapisserie accroché au mur qui représentait une déesse aux trait fins et à la chevelure d'or portant une sphère de feu au creux de ses mains jointes. Alors que Keir observait la broderie en ce demandant bien pourquoi la yerkan l'avait mené là, celle ci enleva son gant gauche et brandit sa paume face à la sphère. Un symbole apparu soudain sur le dos de sa main et la sphère sur la tapisserie se mit à briller. Une entrée se dessina alors sur la broderie, comme si celle ci avait été un morceau du mur, et l'ouverture ainsi créée donna accès à un nouvel escalier.
Devant l'air ébahi du jeune yerkan, Ryll eut un sourire amusé. Puis elle s'engagea dans l'escalier, Keir sur ses talons.
Les escaliers les menèrent jusqu'à une salle gigantesque pourvue de nombreux couloirs. Des centaines personnes, toutes armées, se trouvaient là, certaines discutant, d'autres s'entrainant aux armes ou à la magie. Tous portaient sur leurs vêtements le même blason : un soleil d'or avec en son cœur deux épées croisées.
Ryll se tourna vers Keir et lui annonça avec un sourire malicieux :

« Soit le bienvenu au quartier général de l'Ordre du Soleil. »


Les années suivantes signèrent pour Keir son passage de l'état d'esclave à celui de combattant.
Une fois son engagement auprès de l'Ordre du Soleil effectué, et son initiation terminée, l'apprentissage auprès de Ryll commença immédiatement. Suivant son enseignement, il apprit les rudiments du combat et les bases de l'utilisation de différentes armes. Très vite, il montra un talent certain et une prédilection pour l'épée.
La formation de la yerkan ne se limita pas à ça, loin de là. L'emmenant voyager avec elle dans tout Imperia, et bientôt dans les régions extérieures, elle lui fit suivre un entrainement physique et psychologique stricte qui forgèrent son endurance, sa force et son agilité mais aussi sa volonté pour faire de lui un combattant aguerri aux sens aiguisés.
Elle lui appris entre autre à utiliser son pouvoir naturel de drain de la magie, héritage de son sang yerkan, pour déstabiliser ses adversaires et se donner une ouverture dans leur garde. Elle prit aussi en charge son travail de l'Ha'teïs. Keir découvrit en effet avec joie que son professeur connaissait l'art martial du désert pour y avoir été initié plusieurs années auparavant.
En quelques années Keir devint un jeune homme à la volonté solide et mortellement doué au combat.
Ces saisons de voyages et d'apprentissage furent aussi pour lui l'occasion de lier avec son professeur une solide relation de confiance et de compréhension mutuelle.

Bientôt, le yerkan, en dehors de ses entrainements avec Ryll, commença à se faire une place dans les rangs de l'Ordre et à effectuer des missions pour le compte de la guilde secrète. Il ne fut pas très dur pour lui d'adhérer à leur doctrine, bien qu'il ne respecte pas tous leurs points vu, son peuple disparu ayant toujours été adorateur de la déesse Caelya.
Ancien esclave, il eut néanmoins du mal les premières années à s'attirer le respect et la reconnaissance de ses pairs.
La question de son mérite ne fut finalement remise en cause qu'une seule fois, un jour d'été. C'est aussi ce jour qui marqua sa découverte du Gant...

L'un des plus fervents ennemis de Ryll était Daltann, un humain austère et imbu de sa personne qui prenait un malin plaisir à contredire les propositions de la yerkan au conseil. Outre le fait qu'il s'affiche ouvertement comme méprisant vis à vis de son professeur, Keir ne l'avait pas aimé dès la première fois où il l'avait vu. Il n'aimait pas son air prétentieux et son attitude à regarder de hauts tous ceux qu'il considérait comme inférieurs.
Mais sa fourberie prit réellement tout son sens trois ans après l'adhésion de Keir.
En tant qu'élève en fin de formation, et ayant atteint l'âge de seize ans, celui ci avait reçu son arme d'achèvement d'initiation, qui marquait son entrée dans les rangs de l'Ordre en temps que membre à part entière.
C'était une épée magnifique à la garde argentée et dont la forme étonnante avait tout de suite séduit de garçon : deux lames parallèles se rejoignant à leur base pour s'accrocher à la garde.
Ce jour là, le jeune yerkan se promenait dans les nombreux couloirs qui formaient le complexe dans lequel l'Ordre tenait son siège, sous le dôme du palais impérial. Son professeur lui ayant laissé une journée de répit pour s'occuper d'affaires importantes au conseil, dont elle était un membre actif, Keir avait décidé d'aller faire un tour dans la salle des trophées. C'était une salle qu'il affectionnait particulièrement. Se délectant d'observer les nombreux artéfacts qui y étaient présentés, et que l'Ordre gardait jusqu'à leur trouver une utilité.
Il venait donc de franchir la porte de la salle circulaire lorsque son instinct et ses sens lui soufflèrent de se méfier. Immédiatement il se tendit comme un arc. Quelque chose ne tournait par rond...
Un sifflement sur sa gauche parvint à ses oreilles. Il plongea aussitôt en avant, évitant de peu la flèche qui fila près de sa tête. S'appuyant sur une main, il se releva dans la foulé et dégaina son arme pour se tourner vers l'endroit d'où venait le projectile.
Trois personnes apparurent alors de nul part, rompant leur sort de camouflage. Le trio était vêtu d'armures légères en cuir et tous portaient le symbole du Cercle du Chaos.
Keir s'interrogea un moment sur la façon dont les mercenaires avaient bien pu entrer dans le QG de l'Ordre, mais ne resta pas longtemps sur la question : l'essentiel pour l'instant était d'éviter de se faire tuer. Surtout que les trois avaient l'air d'être de redoutables combattants.
Voyant qu'il avait esquivé la flèche, celui qui portait un arc en encocha une nouvelle, tandis que ses deux comparses, une elfe et un homme à la peau halée, dégainaient leurs lames.
Keir ne perdit pas de temps et s'élança. Plutôt tenter un affrontement direct que finir épinglé comme un papillon.
Il arriva à trois mètres de ses adversaires au moment ou le yerkan qui tenait l'arc visait de nouveau. Keir fit mine de partir sur le coté gauche mais bondit au dernier moment sur la droite. La ruse marcha et le second trait fut encore moins précis que le premier. Le garçon se retrouva dans la mêlée. Son épée siffla en formant un arc de cercle mortel. Mais les mercenaires étaient prêts. La lame rencontra le sabre de l'un des deux. Sous la force de l'attaque, les armes vibrèrent. Profitant de l'immobilité de la scène, le deuxième mercenaire passa à l'attaque. Keir vit son sabre filer droit vers son cou. Il ne du son salut qu'aux réflexes qu'il avait acquis et, enroulant son arme autour de celle de son adversaire, il se baissa pour faucher le nouvel attaquant d'un agile mouvement de pied. Remerciant intérieurement Ryll pour les heures d'entrainement, il se releva d'un bond et tenta d'achever l'ennemi mis à terre d'un coup vertical. Mais son premier adversaire enchaina une nouvelle attaque qui l'obligea à parer et reculer. Profitant d'un court répit, il se remit en garde tandis que l'elfe à terre se relevait. Ses trois adversaires lui faisaient face, l'air froid et concentré, prêts à tuer. Keir savait que sa situation n'était pas rose, mais même s'il l'avait voulu, il n'aurait pu fuir puisque les mercenaires bloquaient la sortie. Il se concentra et analysa la scène avec précision. Deux assassins lui faisaient face, sabre au poing, tout deux semblant faire preuve d'une grande agilité qui palliait leur manque évident d'expérience. Celui du fond avait tendu son arc et encoché un troisième trait, attendant la moindre occasion pour l'abattre à distance. C'était lui que Keir devait avoir en premier. Avec son arme de jet, il n'aurait pas le temps de réagir à une attaque de face s'il ratait son tir.
Convenu de cette tactique, Keir prit appui sur son pied gauche et, l'épée en arrière, s'élança en avant en se jetant sur le mercenaire armé d'un sabre à droite. Sa ruse fonctionna et celui ci, s'attendant à un assaut frontal se prépara à parer tandis que l'autre s'élançait sur sa gauche pour lui porter assistance. Mais ils n'eurent rien à parer, Keir bloqua sa course à quelques mètres et changea sa direction en effectuant un roulade sur la gauche. Il sentit la flèche filer à ses oreilles, signe que l'archer l'avait lâchée. Se remettant sur ses pieds, il n'hésita pas une seconde et frappa en ligne droite. Son épée traversa le ventre du mercenaire, perçant son armure de cuir. Il toussota et s'effondra, foudroyé.
Keir se retourna dans le même mouvement et fit face aux deux autres assassins surpris. Une surprise qui ne dura pas. Et c'est en criant qu'ils se jetèrent sur le jeune yerkan pour l'assaillir de coups. Keir para, recula, para encore. Les coups pleuvaient, ne lui laissant aucun répit. Mais, enragés par la mort de leur compagnon, les mercenaires manquaient de précision, c'est ce qui leur fut fatal. Après une derrière esquive, le jeune yerkan utilisa ses réflexes d' Ha'teïs pour asséner un coup de sa main libre dans le ventre de son adversaire de gauche. Profitant ensuite de son immobilisation momentanée, il passa la garde de l'autre et lui plaça un coup de revers qui le trancha presque en deux. L'assassin s'effondra.
Le dernier retrouva son souffle et recula de quelques pas, moins sûr de lui. Keir s'avança, toujours en garde, il savait qu'il pouvait gagner à présent.
C'est alors qu'un nouveau sifflement retentit dans son dos. Trop concentré sur le combat, Keir esquiva un peu trop tard et senti une douleur cuisante lui transpercer le flanc. Il tomba à terre.
Il se retourna en se trainant en arrière pour découvrir le visage de son agresseur.
Un homme grand et droit, un sourire mauvais et suffisant aux lèvres se tenait face à lui.

« Daltann ! » s'écria t-il en ouvrant des yeux ronds.

Le concerné éclata d'un rire méprisant.

« Je pensais que l'élève de cette chère Ryll serait plus intelligent que ça ! Pourtant, vous n'avez absolument rien vu venir, ni toi ni elle ! Pitoyable ! »

Utilisant un piédestal derrière lui, Keir s'obligea à se relever malgré la blessure sanglante dans sa cuisse. Il fusilla le guerrier du regard.

« Pourquoi ? » cracha t-il d'une voix venimeuse.

« Le pouvoir petit yerkan, le pouvoir ! Mais tu es trop jeune pour comprendre le sens de ce mot ! Répliqua Daltann avec un sourire satisfait. Néanmoins laisse moi te donner un élément de réponse. Il se trouve derrière toi. »

Surpris, Keir jeta un coup d'oeil prudent dans son dos. Sur le piédestal se tenait une sorte de gant de cuir brun sombre couvert de glyphes et aux doigts absents. Le garçon avait déjà vu cet objet en se promenant dans la salle mais il ne s'était jamais vraiment intéressé à lui, à vu d'œil ce ne semblait être qu'un simple gant long.

« Ce gant, est l'un des trois artefacts de la trinité ! Offert par notre chère déesse en personne ! Il offrira la puissance à quiconque parviendra à le maitriser. Malheureusement, à cause des nombreux échecs, et des refus de Ryll qui en est la gardienne, ce stupide conseil m'en a toujours refusé l'étude. Mais aujourd'hui, le Gant va mystérieusement disparaître, volé par le Cercle du Chaos qui aura pour se faire tragiquement assassiné l'élève de sa gardienne. »

Daltann conclu sa phrase par un éclat de rire mauvais. Keir lui lança le regard le plus noir qu'il pu. Mais au fond de lui, il savait que tout était fini, il ne pourrait se sortir de cette situation. Il respira profondément et toisa son adversaire d'un regard perçant. C'est alors qu'il le perçut. D'abord infime, le chuchotement devint plus intense à son oreille. Il tourna la tête et ses yeux se posèrent sur le gant. Celui ci était toujours immobile et pourtant, sans qu'il sache pourquoi, Keir était persuadé que c'était lui qui émettait les chuchotements. Il semblait lui parler, l’appeler, comme s'il le poussait à le prendre. Presque comme un automate, à moitié hypnotisé, le jeune yerkan avança la main et la posa sur l'objet. Il ressenti un délicieux frisson dans le bras. Le gant avait l'air de ronronner à son contact.

« Qu'est ce que tu fais imbécile ?! » s'écria Daltann, mais le garçon ne l'écoutait pas, trop concentré sur les vibrations attirantes qu'émettait l'artefact.

Il s'empara alors du gant et, sans réfléchir, le passa à son bras droit. Une onde de puissance grisante se répandit aussitôt dans tout son être, une impression qu'il n'avait encore jamais ressenti. Keir ne pu retenir un léger rire allègre en observant l'objet qui s'adaptait parfaitement à sa main, comme s'il n'en avait toujours été qu'une partie.

« Non ! Tue le ! » hurla alors Daltann, s'élançant en même temps que le mercenaire survivant.

Keir n'eut rien à faire. Comme animé d'une volonté propre, le gant dressa son bras devant lui. Ou peut être était ce le garçon qui agit inconsciemment, il n'aurait su le dire. Sa main s'ouvrit, présentant sa paume aux agresseurs. Et, alors que ceux ci arrivaient à son niveau, armes brandies, il déchaina sur eux un véritable enfer.
Keir bondit en arrière, sortant immédiatement de sa torpeur hypnotique en voyant ce que crachait sa main. Des flammes gigantesques et épaisses qui jaillissaient dans un feulement puissant. Et lorsque quelques secondes plus tard elles se tarirent enfin, Deltann et le mercenaire avaient disparu, ne laissant que deux cadavre calcinés et méconnaissables.
Keir senti la nausée lui monter, mais il n'eut pas le temps de réaliser davantage ce qu'il venait de faire. En effet, au même moment, une douleur fulgurante, violente, déchirante lui brûla le bras droit.
Le jeune yerkan hurla comme il n'avait jamais hurlé et se laissa tomber à genoux en se tenant la main. Il voulut enlever le gant, celui ci ne bougea pas, il voulut se frotter la peau, ça n'eut aucun effet. Il se contenta donc de hurler alors que la plus poignante des douleurs qu'il lui ai jamais été donné de ressentir lui transperçait le bras de part en part. Le Gant, avait prit ses marques, offrant au garçon pouvoir, et souffrance...


Septième partie :

L'incident de la salle des trophées fit grand bruit dans la guilde.
D'abord parce que la trahison de Daltann, mise à jour, frappa le conseil de plein fouet qui se mit à traquer les traitres avec une attention triplée.
Ensuite parce que l'exploit qu'avait réalisé Keir, encore élève, de se débarrasser de trois mercenaires et du membre traitre du conseil avait frappé tout l'Ordre, impressionnant les uns, sidérant les autres. Une chose était sûre à présent : plus personne au sein de l'organisation ne doutait de la valeur du jeune yerkan, et le garçon avait vu sa réputation monter en flèche.
Une réputation redoublée par le fait qu'à l'évidence, et ce fut le troisième choc qui ébranla la guilde, Keir était la première personne à utiliser le Gant sans périr sur le coup dans d'atroces souffrances.

Lorsqu'on l'avait trouvé, hurlant de douleur sur le sol de la salle des trophée, le garçon avait été immédiatement conduit chez le guérisseur de la guilde qui avait annoncé son impuissance à pouvoir calmer la malédiction du Gant. Keir était donc resté une nuit entière dans sa chambre à subir les violents élancements que l'artefact déclenchait dans son bras.
Ryll l'avait veillé toute la nuit, appliquant des chiffons mouillés sur son front, lui parlant calmement pour le rassurer. Si Keir avait été en état, il aurait perçu toute l'inquiétude qui émanait du regard de son professeur.
Puis, au matin, les douleurs s'étaient enfin estompées, et le jeune yerkan s'était relevé comme un miraculé.
Après de nombreuses analyses, et devant l'incapacité totale d'enlever le Gant du bras du garçon, les membres du conseil avaient été forcés d'admettre que seul Keir pouvait actuellement porter l'objet mythique et s'en servir, sans qu'ils puissent s'en expliquer la raison.
L'affaire avait donc été classée et, à la grande fierté de Ryll, Keir avait été promu au rang de « Pisteur » de l'Ordre.

Ce rang attribua au jeune yerkan de nouvelles fonctions, de nouveaux devoirs, et de nouveaux droits.
C'est ainsi que hors de ses missions il se mit en tête d'enquêter sur l'extermination de sa tribu défunte. Ryll lui ayant annoncé qu'il n'avait plus besoin de se considérer comme son élève et qu'il avait à présent achevé sa formation, il possédait une liberté presque totale d'aller où il voulait. Cela l'avait à la fois ravi et attristé. Ravi parce qu'il se sentait fier d'avoir atteint la fin de son apprentissage, attristé parce qu'il savait que cela signifiait aussi que ses rencontres avec son ancien professeur seraient plus rares car la yerkan se verrait attribuer de nouvelles missions qui l'emmèneraient parfois loin de la capitale de l'Empire.

Les années qui suivirent furent donc pour Keir l'occasion d'intenses recherches sur la tragédie qui s'était déroulée à ses sept ans. Comme il l'avait pensé, le Cercle du Chaos était indirectement impliqué dans le massacre qu'il n'avait effectué qu'en échange d'argent, en bon respect de ses méthodes. De simples pions dans cette affaire en somme. La vente des survivants au marché des esclaves avait constitué une partie de leur récompense.
Mais qui les avait payé ? Qui étaient ces hommes encapuchonnés qui se distinguaient des autres et dont l'un d'eux s'était adressé au clan ?
Ils avaient dit chercher un objet d'une grande puissance. Se pourrait il que cet objet soit l'un des artefacts légendaires ?
Depuis qu'il avait obtenu le Gant, Keir s'était renseigné sur la fameuse légende des artefacts de la trinité. D'après ce que racontaient les anciens écrits, il en existait trois dont on ignorait tout. Ils étaient censés avoir été offerts par les déesses pour apporter l'harmonie sur le monde, et on leur attribuait de puissants pouvoirs. Si cette légende intriguait le garçon, sa rencontre et la complicité forcée avec le Gant ne lui donnaient pas spécialement envie de trouver les deux autres artefacts, tout puissants qu'ils soient.
Ne s'intéressant pas davantage aux objets légendaires, Keir se concentra sur les mystérieux commanditaires de l'extermination de sa tribu. Bientôt, au fil de ses recherches, un nom revint. Un nom qu'il avait bien évidemment déjà entendu en tant que membre de l'Ordre mais qui commença réellement à prendre un sens dans son esprit.
La Confrérie des Nocturnes, les ennemis héréditaires de l'Ordre qui menaient la Rébellion dans l'ombre comme eux influençaient l'Empire. Une guilde du nord qui était, elle aussi, à la recherche de puissantes armes pour vaincre leur rival de l'ouest.

Pour confirmer ses hypothèses, Keir avait besoin de preuves tangibles.
Après plus d'un an d'enquête, ses recherches l'amenèrent finalement dans le nord, jusque sur les terres de la Rébellion.
C'est là qu'il fit la découverte qui donna enfin un vrai visage à sa haine et à son désir de vengeance.
Ses investigations l'avaient attiré dans un village au pied des montagnes des Crocs de Givre. Son dernier informateur lui y avait indiqué une importante concentration de membres de la Confrérie dans un lieu tenu secret.
C'est dans l'une des auberges du coin que Keir trouva leur repère. Après s'y être infiltré discrètement, le jeune yerkan s'était retrouvé dans une série de galeries dans lesquelles il avait du se frayer un chemin en évitant les gardes.
Puis, lorsqu'enfin il s'était arrêté devant la porte de la pièce qui, il l'espérait, lui apporterait des réponses, il l'avait ouverte en brisant la serrure de la pointe de son épée et était entré sans hésitation.
Néanmoins, sur le seuil, il s'était immobilisé, les yeux grands ouverts, le cœur tambourinant dans la poitrine.
La pièce n'était occupée que par une personne seule. Un yerkan attaché par les bras à l'aide de chaines fixées au plafond. Un yerkan au corps couvert d'hématomes, de brûlures et de plaies à peines refermées pour la plupart. Un yerkan enfin, qui lui était douloureusement familier...

« Père ?! »

Le garçon avait crié sans s'en rendre compte. Le prisonnier leva la tête. L'un de ses yeux était effroyablement gonflé et du sang coulait de son crâne. Il regarda Keir de son œil valide comme il aurait regardé un fantôme. Ouvrant la bouche, il tenta de parler mais n'y parvint apparemment pas.
Keir sorti de sa paralysie et couru secourir le yerkan blessé. Son esprit était en pleine ébullition, ses certitudes défaillaient.
D'un mouvement d'épée vif, il brisa la chaine qui retenait son père prisonnier.
L'homme tomba en avant et le garçon le rattrapa dans ses bras.

« Ke...ir... marmona Aveijo d'une voix enrouée lorsque son fils le retourna pour le soutenir par les épaules. Keir... C'est... vraiment toi ?... »

« Oui ! Oui père ! C'est moi... » lui répondit immédiatement le jeune garçon en examinant ses blessures.

Les innombrables plaies réouvertes et les marques de brûlures laissait deviner que le yerkan avait subit de nombreuses tortures. Celui ci esquissa malgré tout un sourire heureux qui éclaira quelque peu son visage épuisé et amaigri.

« Tu... es vivant... Tu as... tellement grandi... »

Des larmes qu'il pensait épuisées depuis longtemps coulaient sur le visage de Keir sans qu'il y prète attention.

« Je suis là. Répondit t-il. Je vais t'aider à sortir d'ici. On va te soigner. »

Mais Aveijo secoua la tête et leva une main qu'il plaça sur l'épaule de son fils.

« É... Écoute moi Keir... Écoute moi bien... Je vais te révéler... le secret de notre peuple... Il faut... que tu saches... pourquoi nous avons subit cela... »

Le garçon voulu protester mais l'air sérieux de son père l'en empêcha. Aveijo continua en inspirant profondément :

« Depuis... des siècles, nous avons gardés le secret le plus convoité des terres de Cyrion... Nos ancêtres nous le transmettaient... de génération en génération... Notre but... était de protéger l'emplacement de l'un des trois... artefacts de la trinité... »

Keir cru recevoir une décharge électrique. Dans son esprit, des pièces manquantes du puzzle se mettaient douloureusement en place. Son père reprit :

« Nous... étions les seules à savoir où se trouvait cet objet... Les artefacts sont dangereux... pour quiconque désirerait s'en servir... pour faire le mal... Il ne devait tomber entre les main de personne... Mais quelqu'un a du apprendre... que nous connaissions son emplacement... Il en a averti la Confrérie des Nocturnes... Ils convoitent depuis longtemps les artefacts... comme beaucoup de monde... Le massacre d'une tribu n'était... rien pour l'obtenir... »

Keir serra les dents mais se força à garder le silence. Son père souffla encore une fois et reprit, la voix de plus en plus faible :

« Après cette nuit, ils nous ont emmené le chef, la chamane et moi... Ils nous ont enfermé... ici... et nous ont torturé pendant... des années... La chamane... est morte la première... Et puis... le chef a cédé... Je l'entendais hurler... Il n'avait plus... la force de continuer à... endurer ça... »

L'homme écarquilla les yeux comme s'il se rappelait précisément les horreurs qu'il avait subit. Il croisa le regard de son fils et de la panique apparu dans ses yeux. Sa main serra plus fort son épaule.

« Keir... Ils... ont sûrement... l'artefact des déesses à l'heure qu'il est... Ils... Ils ne doivent pas réunir les trois !... Ce... serait... la fin du monde ! La... rupture de... l'harmonie !... Les artefacts... peuvent aussi apporter la destruction... si on les utilise... à des fins personnelles !... Ils... Ils ne doivent pas... »

Le yerkan respira encore plus difficilement, puis son visage se radoucit et il sourit à son fils.

« Je... sais que tu feras ce qui doit être Keir... Je suis... si fier de toi... mon fils... »

C'est sur ces paroles qu'il ferma doucement les yeux et offrit son dernier souffle au monde.
Keir resta un instant immobile et silencieux. Des larmes ruisselaient sur ses joues, bien que son visage soit totalement inexpressif.
Après un temps qu'il ne s'occupa pas à juger, il posa doucement le corps de son père sur le sol. Puis, se relevant, il s'empara de la chaine qui pendait toujours au plafond et l'enroula autour de sa main. Elle portait les traces du sang d'Aveijo.
Keir se retourna et sorti de la pièce sans se retourner. Ses yeux irradiaient une haine vivace comme ils n'en avaient jamais exprimé.

Alors qu'un groupe de gardes de la Confrérie apparaissait devant lui, le garçon dégaina sa lame double. Les gardes eurent un instant de surprise et tirèrent leurs propres armes pour se jeter sur lui. Keir eu un sourire mauvais, et commença son massacre, laissant court à sa soif de vengeance trop longtemps retenue...


La lame de Keir sifflait, tranchant chair et vêtements. Les combattants arrivaient toujours plus nombreux, des gardes de la ville et des membres de la Confrérie, et, bien que sa haine ne soit toujours pas tarie, le garçon commençait à se trouver en difficulté. Pourtant, à aucun moment, il ne pensa à fuir. Inlassablement, il frappait, paraît, tranchait, esquivait, jouant de son épée et d'aidant de la chaine à son poignet gauche pour repousser ses adversaires. Une blessure sanglante marquait déjà son épaule droite et une autre filait sur son pectoral gauche, ralentissant ses mouvements.
Le garçon commençait à sentir la fatigue l'accabler, et la mort flotter au dessus de lui. Mais s'il devait mourir, il emporterait le plus possible de ses adversaires avec lui.
C'est alors que, au moment où ses forces paraissaient l'abandonner et qu'il subissait une nouvelle blessure à la jambe, qu'un bruit aigu résonna dans la galerie. Surpris, les membres de la Confrérie levèrent les yeux, juste avant qu'une explosion de les jette presque tous à terre. Keir se protégea le visage d'un bras et recula. Lorsqu'il regarda de nouveau la scène, trois nouveaux cadavres gisaient sur le sol, et debout au milieu d'eux, l'épée dégainée, se tenait...

« Ryll ! »

La yerkan aux cheveux pourpres lança un sourire amusé à son ancien élève. Son air était étrangement fatigué, mais ses yeux étaient aussi vifs et alertes que d'habitude.

« Et bien qu'attends tu Keir ? Que je te signe un papier ? On sors d'ici ! »

Le jeune yerkan s'exécuta immédiatement et couru rejoindre la yerkan, son énergie retrouvée. A deux, ils se frayèrent un chemin à travers les galeries à grands coups d'épée. Surpris par l'arrivée de ce nouvel adversaire, les gardes réagirent plus lentement, ce qui permit aux deux membres de l'Ordre de remonter jusqu'à l'auberge.
Une fois dehors, ils se mirent à courir, ne s'arrêtant que lorsque la ville fut loin derrière, et qu'il devint évident que leurs adversaires ne les avaient pas suivi.
Keir reprit sa respiration puis se tourna vers son ancien professeur.

« Comment m'avez vous trouvé ? Qu'est ce que vous faisiez là ? Que... »

Ryll l'interrompit d'une main.

« Tu poses trop de questions. Laisses moi au moins le temps d'y répondre. Cela fait longtemps que je te surveilles. Je connais ton passé Keir, et l'ombre de vengeance qui plane sur toi depuis toujours. J'ai donc pris la précaution de rester informée de tes recherches. Et quand j'ai su que tu étais parti pour les terres de la Rébellion, j'ai laissé de coté ma mission pour te rejoindre, sachant que cela te mènerait à un affrontement avec la Confrérie. Je te pensais d'ailleurs plus malin que cela. »

Keir se sentit légèrement coupable, mais fit mine de ne pas le montrer.

« Je devais leur faire payer ! Répliqua t-il avec fougue. Quelqu'un doit payer ! »

La yerkan lui lança un regard triste qui frappa tellement le garçon qu'il se tut. Ryll souffla comme si elle avait du mal à reprendre sa respiration. Keir la trouva étrangement exténuée. Des cernes soulignaient ses yeux, et elle semblait avoir vieilli d'un seul coup de plusieurs années. Il ne comprit pas.

« Heu, Ryll ? Vous allez bien ? »

La yerkan lui adressa un sourire affectueux.

« Je ne te l'ai jamais dit Keir, mais je n'aurais jamais pu souhaiter un meilleur élève que toi. Depuis que je t'ai sorti de cette prison à Imperia, tu ne m'as pas déçue une seule fois. »

Keir la regarda sans comprendre. Son professeur ne s'était jamais ouverte ainsi à lui. Pourquoi lui dire cela maintenant ?
Le regard du jeune yerkan descendit jusqu'à la main droite de Ryll. Celle ci était plaquée sur son ventre. Keir eu un hoquet de surprise. De son ventre jaillissait le manche d'une dague. Une large tâche rouge se répandait sur ses vêtements.

« Quel dommage, lança Ryll en souriant, j'avais prévu de t'enseigner encore deux ou trois leçons avant de partir. Tant pis, ce sera dans une autre vie. »

Elle vacilla, Keir se dépêcha de la soutenir. Toujours souriante, la yerkan jeta un regard à l'horizon, sans regarder les larmes que versait de nouveau son ancien élève.

« Le soleil se lève. Quel plus beau moment pour mourir que l'aube. Lança Ryll d'une voix apaisée. Keir, ajouta t-elle en tournant les yeux vers le jeune yerkan, méfie toi de la vengeance. Si elle te pousse en avant parfois, elle reste un poison qui, s'il n'est pas aspiré, ne te lâchera jamais. Ne la laisse pas contrôler ta vie. »

Incapable de répondre, la gorge nouée, le garçon se contenta de hocher la tête.
Son professeur lui adressa un sourire. Le dernier.


L'aventure avec la Confrérie des Nocturnes, si elle rendit d'abord furieux les membres du conseil et le chef de guilde contre Keir, contribua grandement à la réputation du jeune yerkan. Ses blessures guéries, il fut rapidement promu au rang de « Traqueur » de l'Ordre et commença ainsi à prendre part aux débats du conseil. Les supérieurs de la guilde pensèrent que c'était un juste retour des choses qu'il suive les traces de son professeur défunt.
Keir quant à lui, le coeur une fois de plus brisé, s'enferma pendant plusieurs mois dans un silence froid et mélancolique dont il mit du temps à sortir. Et même une fois tiré de cet état, il garda dans les yeux ce sentiment de noir profond encré dans son esprit. Une fois de plus, il se retrouvait seul.
En hommage à son ancien professeur et à la mémoire du dernier combat qu'ils avaient mené ensemble, il se forgea une nouvelle arme : la serre de rapace, un duo de crochets fixés à une chaine et relié à un boitier avec un astucieux système d'enroulement.
Keir n'en devint que plus menaçant et connu auprès des membres de sa guilde, et bientôt chez les gardes de l'Empire, chez qui il était parfois infiltré en tant que chef de régiment.



C'est ainsi que s'achève le passé de Keir, le Traqueur de l'Ordre du Soleil. Mais si son passé est à présent derrière lui, son avenir l'attend de pied ferme. Un avenir qu'il construira de ses propres mains... Ou avec l'aide d'autres personnes ?

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Envyr Marchevent
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MessageSujet: Re: Keir Pyros : Traqueur de l'Ordre   Lun 16 Avr - 23:58

Bienvenue sur le forum cher Admin ! J'espère que tu y prendra du... plaisir après avoir travaillé si dur pour le créer ^^

Je te valide ta fiche.


Bon jeu,
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Keir Pyros
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Feuille de personnage
Niveau: 2
Race: Yerkan
Armes & Pouvoirs:

MessageSujet: Re: Keir Pyros : Traqueur de l'Ordre   Mar 17 Avr - 0:07

Trop d'honneur.
Snif... Je me sens si ému d'être validé... Sad
Merci bien !
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MessageSujet: Re: Keir Pyros : Traqueur de l'Ordre   

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Keir Pyros : Traqueur de l'Ordre
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